La France pourrait se réjouir. Jacques Chirac, Dominique de Villepin, nos ambassadeurs de par le monde pourraient, aujourd’hui, souligner à quel point ils avaient eu raison de mettre les Etats-Unis en garde contre cette guerre. Après avoir été tant traités de munichois, mercantiles, on en passe et des meilleures, ils pourraient, aujourd’hui, triompher mais, même en privé, les dirigeants français ne se réjouissent pas d’avoir eu raison. Ils sont trop inquiets pour cela, trop accablés de voir les plus sombres de leurs prophéties dépassées par la réalité, trop soucieux surtout de préserver l’avenir, d’œuvrer à une sortie de crise, pour aller narguer Américains et Britanniques. Au point où on en est, l’objectif des dirigeants français est de convaincre la Maison-Blanche que, sitôt acquis l’effondrement du régime irakien, il faut organiser un passage de relais à l’Onu, non pas installer une administration militaire américaine en Irak mais placer ce pays sous tutelle des Nations-Unies. Pour l’heure, les Américains ne veulent même pas entendre parler de cette idée. La semaine dernière, Georges Bush a proprement éconduit Tony Blair qui était venu tenter de la lui vendre. Pour l’heure, la Maison-Blanche considère que, le jour où elle aura fini par remporter cette guerre, c’est elle et elle seule qui décidera de la suite des événements. Tony Blair n’a pas insisté. C’eut été vain mais les Britanniques partagent l’analyse française et ne veulent pas s’éterniser en Irak . C’est pour cette raison que, samedi, à son retour des Etats-Unis, Tony Blair a appelé Jacques Chirac. La conversation s’est bien passée. La France et la Grande-Bretagne retrouvent un langage commun, voire une connivence, qui les conduisent toutes deux à souhaiter reconstituer une unité européenne autour du rôle de l’Onu dans l’après-guerre. L’une et l’autre savent qu’ils ne servirait à rien de vouloir trop vite pousser les feux, qu’il faut laisser décanter les choses, attendre la chute de Saddam, mais que l’Europe doit être, ce jour-là, prête à faire des propositions et à les défendre d’une seule voix. D’où le profil bas adopté à Paris et la multiplication parallèle des contacts entre Dominique de Villepin et les autres chefs des diplomaties européennes. Après son dîner d’hier soir avec Joschka Fischer venu le voir au Quai d’Orsay, le ministre français des Affaires étrangères se sera entretenu, d’ici jeudi, avec ses homologues grec, belge et espagnol, avec Javier Solana, le représentant spécial de l’Union pour la politique étrangère et, sans doute, aussi, avec Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain qu’il devrait rencontrer à Bruxelles. Les chances d’arriver à une position commune de l’Europe sont loin d’être négligeables mais, en attendant, tous les yeux sont fixés sur le monde arabe. La tension y monte chaque jour un peu plus. Les menaces américaines contre la Syrie qui alimente l’Irak en armes de peur d’être la prochaine visée n’arrangent évidemment rien. Les dirigeants arabes appellent l’Europe à la rescousse. L’Europe resserre les rangs car les signaux passent au rouge.

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