Partout les mêmes questions. Le départ de Dominique de Villepin du Quai d’Orsay n’était pas encore officiellement annoncé que les capitales étrangères se demandaient si cette décision marquait un infléchissement, voire un tournant, de la politique étrangère de la France. Jacques Chirac a-t-il voulu offrir une tête aux Etats-Unis, entendait-on, leur donner un gage en retirant de la scène internationale l’homme qui s’était tellement opposé à leur intervention en Irak ? Cela signifie-t-il que la France va mettre la pédale douce sur sa dénonciation de l’unilatéralisme américain ? Cela veut-il dire qu’elle veut désormais faire front avec les Etats-Unis tant la situation se dégrade à Bagdad ? Cela ne semblait pas logique au moment même où les mises en garde prodiguées par la France depuis dix-huit mois s’avèrent si cruellement. On n’y croyait pas vraiment mais, à l’étranger, on ne comprend pas que Jacques Chirac ait pu risquer de casser l’élan de sa diplomatie dans le simple souci de pouvoir placer, un jour Dominique de Villepin à Matignon afin de barrer la route à Nicolas Sarkozy. Pour un pays qui venait d’afficher, et avec tant de style, de si grandes ambitions internationales, cela fait au mieux léger, au pire fin de règne. Cela ne sert pas la France et Michel Barnier, le nouveau ministre des Affaires étrangères, aura donc un handicap de départ à surmonter. Il lui faudra réussir la quadrature du cercle, réaffirmer les options fondamentales de la diplomatie française, le faire vite et vigoureusement mais avec assez de rondeur, en même temps, pour que cela ne compromette pas la décrispation des rapports avec les Etats-Unis dont Georges Bush est aujourd’hui demandeur. Gaulliste de toujours mais conciliateur de tempérament, Michel Barnier était sans doute le mieux placé pour relever ce défi. Autant le départ de Dominique de Villepin est une mauvaise nouvelle, autant la nomination de cet organisateur né, précis, méticuleux, toujours parfaitement au fait de ses dossiers et incroyablement pédagogue, en est une bonne car Michel Barnier a une dimension que son prédécesseur n’avait pas. A défaut du charisme de Dominique de Villepin, il a la flamme européenne, une passion de l’Europe. Ancien ministre délégué aux Affaires européennes, Commissaire européen depuis près de cinq ans et acteur essentiel de la Convention qui avait élaboré le projet de Constitution européenne, il connaît comme sa poche non seulement tous les rouages de Bruxelles mais toutes les nuances aussi des cultures des Etats-membres. Il sait comment nous sommes perçus, ce que les capitales européennes apprécient et n’apprécient pas dans le style de la France et sa politique. Il y a longtemps qu’il s’y est fait connaître et accepter. Il est en ce sens, c’est le grand avantage de sa nomination, très bien placé pour recoller les morceaux européens pour construire sur le terrain que Dominique de Villepin a dégagé pour la France en lui redonnant en Europe une place et une autorité qu’elle n’y avait plus depuis la fin des années Mitterrand. Deux hommes, deux styles : le temps de la consolidation est venu.

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