Il y avait le rendez-vous dans le rendez-vous. Hier, à La Haye, soixante-douze pays et neuf organisations internationales participaient à une conférence des Nations Unies sur l’Afghanistan mais la grande question était de savoir si un courant passerait ou non entre les délégations américaine et iranienne et la réponse est « oui », clairement « oui ». Les Etats-Unis étaient représentés par leur secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, et son représentant spécial pour l’Afghanistan, Richard Holbrooke. L’Iran l’était par son vice-ministre des Affaires étrangères, Mohammad Mehdi Akhoundzadeh. Ils auraient pu ne pas se croiser mais, hasard aidant ou, plutôt, hasard aidé, le ministre iranien et Richard Holbrooke sont tombés nez à nez. « Fortuite », assure la secrétaire d’Etat, leur rencontre a donné lieu à un « échange bref mais cordial » qui s’est conclu par une promesse de « garder le contact » car, à la tribune, Mohammad Mehdi Akhoundzadeh venait de déclarer que son pays était « tout à fait prêt » à participer à la reconstruction de l’Afghanistan. C’était le signal que les Etats-Unis attendaient. La République islamique leur avait publiquement dit qu’elle était prête à coopérer avec eux à Kabul, sous l’égide de l’Onu bien sûr, et les critiques formulées par son ministre n’avaient donc qu’une importance secondaire. Il pouvait avoir constaté que « la présence de force étrangères n’avait pas amélioré les choses », avoir estimé qu’une « augmentation des troupes allait se révéler inefficace, elle aussi », avoir souhaité que ces dépenses militaires soient « redirigées vers la formation de la police et de l’armée afghane » mais là n’était pas l’essentiel. Au-delà des doutes exprimés sur l’envoi de renforts américains décidé par Barack Obama, l’important était cette disponibilité iranienne à participer non seulement au développement et à la reconstruction de l’Afghanistan mais également au « combat contre le trafic de drogue » qui implique lui, une coopération entre services de renseignement, voire entre militaires. Les Américains, en tout cas, l’espèrent et pas seulement parce que l’Iran veut à tout prix casser le trafic de drogue afghan qui transite par son territoire en y développant criminalité, corruption et consommation de drogue dans sa jeunesse. A Kabul, Iraniens et Américains ont un autre intérêt commun, la priorité de Barack Obama, la lutte contre al Qaëda, organisation sunnite aussi menaçante pour l’Iran chiite que pour les Etats-Unis. Cette double convergence d’intérêts est si réelle que, lorsque les Américains s’étaient lancés à l’assaut du régime taliban après le 11 septembre, leur armée avait reçu un précieux appui du renseignement iranien. Cela aurait pu sceller une réconciliation mais Georges Bush, certain d’exporter la démocratie dans le monde musulman, avait alors rangé l’Iran dans « l’axe du mal », l’amenant à déstabiliser l’Irak et à vouloir se doter de la bombe. C’est sur cette erreur que Barack Obama voudrait revenir aujourd’hui en trouvant, en Afghanistan, une coopération avec Téhéran qui préluderait à de plus grands rapprochements.

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