Intronisé il y a seulement douze mois, Kim Jong-un, le dirigeant nord- coréen a 30 ans à peine. Troisième de la dynastie qui règne sur ce pays né, aux débuts de la Guerre froide, de la division de la péninsule coréenne en deux Etats, Nord et Sud, c’est un gros garçon qui a fait ses études en Suisse sans y obtenir le moindre diplôme, n’a jamais fait aucune guerre mais n’en est pas moins maréchal et n’a pas d’autre légitimité que d’être le fils de son père et le petit-fils de son grand-père.

Rien ne compte plus en Corée du Nord où le pouvoir est une propriété familiale mais, même sous cette dictature stalino-monarchiste dont les délires et la brutalité n’ont pas d’équivalent au monde, le jeune Kim – « Kim » est le nom de famille – doit encore asseoir son pouvoir et créer sa légende. Il doit se faire connaître et reconnaître et c’est sans doute la première raison pour laquelle il a choisi de faire parler de lui en menaçant les Etats-Unis d’une « frappe nucléaire » et déclarant, ce week-end, un « état de guerre » avec le Sud.

On est dans le grotesque le plus absolu sauf… Sauf que la Corée du Nord a pour habitude de provoquer des incidents militaires graves avec le Sud, qu’elle a procédé, le 12 février dernier, à son troisième essai nucléaire en six ans, qu’elle dispose de missiles pouvant frapper la Corée du Sud, le Japon ou les bases asiatiques des Etats-Unis, qu’elle travaille à équiper ces missiles de têtes nucléaires et que ce régime est atteint d’un très haut degré de paranoïa.

Tout l’inquiète et le met en alerte et il se trouve que les Etats-Unis et la Corée du Sud procèdent en ce moment à des manœuvres conjointes, des manœuvres régulières entre ces deux alliés mais qui font, en l’occurrence, suite à l’essai nucléaire nord-coréen d’il y a deux mois. Le régime nord-coréen voit là une démonstration de force destinée à l’intimider, voire à masquer les préparatifs d’une offensive contre son territoire, et c’est ce qui explique la crainte montante d’un dérapage pouvant vite devenir incontrôlé, d’une gesticulation nord-coréenne qui pourrait mettre le feu aux poudres car, à force de jouer avec les allumettes, il arrive qu’on provoque l’incendie sans l’avoir voulu.

Même en Corée du Sud, ce n’est pour autant pas la panique. La presse et l’opinion y restent d’autant plus calmes que la Corée du Nord – « état de guerre » ou pas – n’a pas fermé la zone industrielle franche de Kaesong sur laquelle 50 000 de ses ressortissants travaillent pour des entreprises sud-coréennes et lui rapportent l’équivalent d’un milliards et demi d’euros par an.

Normalement, la tension devrait finir par retomber mais ce moment a ceci d’inquiétant que ce régime progresse très vite vers l’arme nucléaire dont le Pakistan lui a fourni la technologie en échange de son expertise dans le domaine des missiles et qu’il paraît, en même temps, douter de lui-même. On le sent tenté par une ouverture économique qui seule pourrait lui permettre de nourrir sa population et de se créer une base sociale mais il a si peur de tout qu’il n’ose pas franchir ce pas, naturellement lourd d’incertitudes politiques. Peut-être le jeune Kim pourrait-il s’y risquer après avoir montré ses muscles. Ce n’est pas totalement impossible mais ne relève, pour l’heure, que de l’hypothèse la plus rose.

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