Il a été parfaitement clair sur un point. Dans son allocution d’hier, François Hollande a très clairement dit que son désir de faire maintenant « correspondre un pacte de solidarité au pacte de responsabilité » – de redonner du pouvoir d’achat aux Français en baissant leurs impôts tout en baissant, comme prévu, les coûts de production pour les entreprises – l’amènerait à ne pas respecter les plafonds de déficit et d’endettement que la France et ses partenaires européens s’étaient eux-mêmes imposés par la loi de la majorité.

C’est cela que signifiait la phrase disant que « le gouvernement aura aussi à convaincre l’Europe que cette contribution de la France à la compétitivité et la croissance doit être prise en compte dans le respect de nos engagements » mais, question, l’argument sera-t-il entendu par la majorité conservatrice aujourd’hui dominante en Europe et par la Commission de Bruxelles, chargée de veiller à l’application des accords européens et d’en sanctionner l’oubli ?

Ce ne sera pas facile. Ca va grincer, mais la réponse est plutôt « oui » pour beaucoup de raisons.

Injuste et même choquante, la première est que la France est un trop grand pays pesant trop lourd dans l’économie européenne pour qu’on puisse vraiment lui tordre le bras et lui imposer des mesures dont ses dirigeants ne voudraient pas. Dans l’Union comme partout, il y a plus d’arrangements avec la loi pour les puissants que pour les faibles et la deuxième raison pour laquelle François Hollande a de vraies chances de se faire entendre par la Commission est que la contestation des politiques de rigueur ne cesse de s’élargir et s’amplifier.

Les Etats-Unis les jugent tout bonnement folles et ne le cachent guère. Il y a de moins en moins d’économistes pour les défendre car, autant la nécessaire réduction des déficits et de l’endettement fait l’unanimité, autant le fait qu’elle ne soit pas accompagnée de politiques de relance nationales et européennes suscite un malaise toujours croissant.

Le meilleur signe en est le concert d’éloges, encouragements et applaudissements qui entoure désormais le nouveau chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. En Europe, ce jeune Premier ministre est maintenant devenu l’enfant de la fable, celui qui dit tranquillement que le roi est nu, parce qu’il a décidé d’injecter de l’argent, beaucoup d’argent, dans la relance de l’économie italienne en expliquant que c’était de cette relance et non pas de la rigueur absolutiste que viendrait le rétablissement de ses comptes publics.

Européen convaincu et très proche de François Hollande, Matteo Renzi tend aujourd’hui à donner le la en Europe où le besoin d’adoucir la rigueur marque partout des points, jusqu’à Berlin, car les politiques actuelles, qu’on les juge économiquement bonnes ou contreproductives, sont en train de porter de graves coups politiques à l’Union en l’identifiant à une austérité totalement et naturellement impopulaire. C’est la troisième raison pour laquelle la Commission pourrait bien céder aux arguments du président français et la quatrième est que les élections européennes ont de bonnes chances d’amener au Parlement une nouvelle majorité, favorable à un effort de relance.

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