Avocate de 45 ans, anti-corruption, pro-européenne et favorable aux droits des homosexuels, Zuzana Caputova montre qu’il n’y a pas de fatalité à la victoire des populistes.

La nouvelle présidente de la Slovaquie, Zuzana Caputova, après son élection au deuxième tour, samedi 30 mars 2019.
La nouvelle présidente de la Slovaquie, Zuzana Caputova, après son élection au deuxième tour, samedi 30 mars 2019. © AFP / VLADIMIR SIMICEK / AFP

Nous nous sommes trop vite habitués à une vision simpliste de l’Europe, qui renvoyait les pays du Centre et de l’Est du continent dans les bras des partis populistes. Comme une fatalité à laquelle les citoyens de ces pays cédaient sans résister.

L’élection présidentielle en Slovaquie samedi est venue fracasser ce cliché, et montre tout simplement qu’il n’y a pas de telle fatalité. Les électeurs slovaques ont élu avec une confortable majorité, au second tour, non seulement leur première femme présidente, mais surtout une avocate libérale, engagée sans concessions sur des causes comme la lutte anti-corruption, l’écologie, ou les droits des homosexuels ; et ouvertement pro-européenne.

Zuzana Caputova a même donné une belle leçon de politique dans son premier discours, en soulignant qu’elle avait gagné sans attaquer son rival, mais en parlant de son programme. Certes, la Slovaquie a un système parlementaire et le rôle du président est limité, mais l’élection de cette avocate de 45 ans est plus que symbolique, elle a une vraie portée politique.

La Slovaquie a vécu il y a un an un véritable traumatisme avec l’assassinat d’un journaliste d’investigation, Jan Kuciak, et de sa compagne, Martina Kusnirova. Jan Kuciak enquêtait sur des affaires politico-mafieuses liées au parti au pouvoir, et cet assassinat au cœur de l’Europe a provoqué une tempête politique. « Le meurtre qui a changé la Slovaquie », titrait un magazine local pour le premier anniversaire du double assassinat.

Zuzana Caputova a fait partie de ceux qui sont descendus dans la rue à Bratislava pour condamner cet acte et demander des comptes. Notamment au premier ministre de l’époque, Robert Fico, accusé d’avoir créé un climat hostile à la liberté de la presse. Il avait fini par démissionner.

Depuis, la société civile n’a pas lâché l’affaire, et récemment, cinq personnes ont été mises en examen, dont un homme d’affaires lié au parti au pouvoir. Dès son élection, Zuzana Caputova est allée allumer une bougie à la mémoire de Jan et Marina, et a promis de donner plus d’indépendance à la justice.

Ce contexte slovaque est certes particulier, mais il est loin d’être exceptionnel. Ainsi, les élections générales prévues en fin d’année en Pologne ne sont pas gagnées d’avance pour le parti populiste PIS au pouvoir.

Dans plusieurs pays, les grandes villes, y compris Budapest et Varsovie, sont progressivement acquises aux idées libérales et pro-européennes, quand le pays reste dirigé par des forces populistes ou ultra-conservatrices. Il n’y a pas, en tous cas, de bloc populiste monolithique à l’Est.

« Le national-populisme a du plomb dans l’aile », titrait récemment la publication spécialisée « Courrier d’Europe centrale ». C’est peut-être aller un peu vite en besogne, mais le vote des Slovaques montre que l’histoire européenne n’est jamais écrite d’avance.

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