Ce n’est qu’un référendum interne. Le parti qui l’organise n’a que 120 000 membres mais si la décision que prendront aujourd’hui les socialistes français est attendue par toute l’Europe avec tant d’espoir et de crainte, si les débats qui l’ont précédée ont occupé une si grande place dans tous les journaux de l’Union, c’est que son importance est effectivement décisive. Que le « non » l’emporte, que les militants socialistes décident que leur parti fera campagne contre la ratification du projet de Constitution européenne, et les chances sont grandes que le « non » l’emporte aussi, l’année prochaine, au référendum national. Les partisans d’un rejet de ce projet ont raison de dire que la terre ne s’en arrêterait pour autant pas de tourner. Cela ne créerait pas même, c’est vrai, de vide institutionnel en Europe puisque le Traité de Nice resterait alors en vigueur mais le fait est qu’il n’y a personne, pas plus dans le camp du « non » que dans celui du « oui », pour trouver que ce Traité de Nice serait meilleur que le projet de Constitution. Il ne l’est en effet pas car, s’il est fondé, comme la Constitution, sur l’ensemble des Traités antérieurs dans lesquels les partisans du « non » puisent leurs principaux arguments, il ne comporte, en revanche, ni les progrès institutionnels dont même Laurent Fabius se félicite ni, moins encore, la mention, comme système propre à l’Union, de « l’économie sociale de marché », c’est-à-dire de la protection et de la concertation sociales qui font, en Europe, contrepoids aux lois du marché. L’économie sociale de marché, c’est le contraire de ce droit du plus fort, des pleins pouvoirs de l’argent qui dominent aux Etats-Unis et, pire encore, en Asie. Socialement autant qu’institutionnellement, le projet de Constitution marque un clair progrès par rapport à Nice et, contrairement à ce qui s’est parfois, voire souvent dit dans les débats socialistes, il faudrait pour amender Nice la même unanimité, celle des 25, que pour amender la Constitution. Il l’a déjà fallu pour passer de Nice à l’actuel projet. Il la faudrait pour passer de ce projet à autre chose. C’est normal car ce qui se fait ensemble ne peut se défaire qu’ensemble, par d’autres compromis, mais si la France votait non après que ses socialistes l’eurent fait, les choses seraient encore beaucoup plus compliquées car la France n’est pas n’importe quel pays de l’Union. C’est la France qui a inventé le projet européen. C’est elle qui l’a constamment tiré de l’avant avec l’Allemagne, ajoutant un étage après l’autre. C’est la France et l’Allemagne qui ont, ensemble, fait l’euro et défini, ensemble, les nouveaux équilibres institutionnels introduits par la Constitution. Si la France disait, soudain, « non » à tout ce qu’elle a fait depuis près d’un demi siècle, non seulement elle y perdrait son rôle de locomotive de l’Europe mais son tandem avec l’Allemagne en serait compromis et les rênes de l’Union seraient reprises par celles des capitales qui rêveraient de limiter l’Europe à un espace économique commun, politiquement et militairement dépendant des Etats-Unis et auquel le Traité de Nice, c’est vrai, conviendrait parfaitement. C’est pour ces raisons que l’Europe, et tout particulièrement la gauche européenne, ont aujourd’hui les yeux braqués sur le PS.

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