Et maintenant un ancien Premier ministre. Après l’assassinat, à coups de revolver, de la journaliste Anna Politkovskaïa et l’empoisonnement au polonium-210 d’Alexandre Litvinenko, transfuge des services russes devenu citoyen britannique, c’est maintenant l’ancien Premier ministre Egor Gaïdar qui est hospitalisé à Moscou, après avoir été, lui aussi, victime, en Irlande, d’un grave empoisonnement dont il paraît, à cette heure, se remettre. Quel rapport ? Quel lien entre ces trois crimes ? Rien ne prouve, aujourd’hui, qu’il y en ait un. Il serait étonnant qu’on arrive à en établir un jour mais cette journaliste, ce transfuge et le premier des chefs de gouvernement de l’ère post-soviétique ont deux points communs qu’aucune enquête n’a besoin d’avérer. Le premier est qu’ils sont russes. Le second est que chacun d’eux incarnait une catégorie socio-politique qui n’a rien pour plaire à un pouvoir aussi autoritaire que celui de Vladimir Poutine. Avec ses articles sur les atrocités de la guerre de Tchétchénie, Anna Politkovskaïa incarnait les derniers restes de la liberté de la presse en Russie. Alexandre Litvinenko, traître au FSB, à l’ancien KGB dont est issu le Président russe, était l’un de ces hommes qui en savent beaucoup trop pour qu’on puisse leur laisser croire qu’ils pourraient impunément aller bavarder à l’étranger. Quant à Egor Gaïdar, le père des privatisations et de la thérapie de choc, il était l’une des rares, des dernières figures de l’opposition, libérale en l’occurrence, à encore oser dire, tranquillement, sans tapage mais courageusement, ce qu’il pensait de l’évolution de la politique et du pouvoir russes. On aurait voulu terrifier par l’exemple trois milieux de gêneurs et achever de les faire taire qu’on ne s’y serait pas pris autrement mais cela prouve-t-il que ces crimes soient signés – signés par les services de Vladimir Poutine ? En l’état actuel des choses, rien ne permettrait de porter une telle accusation mais il n’en est pas moins vrai premièrement, que l’analyse politique de ces crimes successifs est extrêmement troublante ; deuxièmement, que l’enquête sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa n’a pas avancé d’un millimètre ; troisièmement, qu’elle avait été victime, il y a deux ans, comme un avertissement, d’un mystérieux empoisonnement qui ressemble beaucoup à celui qui vient de frapper Egor Gaïdar ; quatrièmement, que seul un service secret peut se procurer du polonium-210, le produit radioactif dont est mort Alexandre Litvinenko ; cinquièmement, que des traces de ce produit ont été retrouvées par la police britannique dans des avions qui avaient assuré la liaison Moscou-Londres et, sixièmement, que le poison administré à Egor Gaïdar ne doit pas non plus se trouver à la pharmacie du coin puisqu’il n’a toujours pas été identifié. Rien n’autorise à désigner un coupable mais on respirerait mieux et la Russie semblerait moins terrifiante si ses puissants services d’enquête apportaient un peu de lumière sur des énigmes par trop glaçantes.

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