On le savait mais c’est maintenant dit. S’exprimant devant le bureau politique du Parti communiste chinois, le président Hu Jintao, chef de l’Etat et patron du parti unique, a reconnu, samedi, la gravité qu’aura pour son pays la récession dans laquelle entre le monde. « La demande extérieure s’est évidemment réduite et le traditionnel avantage compétitif de la Chine s’affaiblit régulièrement » a-t-il constaté avant d’ajouter : « La capacité de notre parti à gouverner sera jugée sur notre faculté à faire de cette pression une dynamique favorable, à transformer les défis en opportunités et à garantir un développement économique régulier et relativement rapide ». C’était un avis de tempête et Hu Jintao ne pouvait pas dire plus clairement à son appareil que non seulement la crise économique serait rude pour la Chine mais qu’elle risquait aussi de porter en elle une crise politique. Les faits sont là. En trois mois à peine, les faillites de Wall Street et le ralentissement économique qui s’ensuit partout ont multiplié les fermetures d’usines en Chine. La croissance y recule. Confrontés à la baisse des commandes étrangères, notamment américaines, beaucoup d’entrepreneurs chinois ont mis la clé sous le paillasson sans même payer les arriérés de salaires. Venus des campagnes vers la côte industrielle, les « travailleurs migrants », véritables immigrés de l’intérieur, sans droits ni protection, ne retrouvent pas de travail. Ils n’ont plus qu’à repartir vers leurs villages dans un mouvement qui devient assez massif pour que la presse en parle. Ils y trouvent encore moins d’emplois et leurs familles qui vivaient de leurs transferts vont très vite passer de la plus extrême pauvreté à la misère absolue. La Chine n’en est qu’aux signes avant-coureurs d’une crise sociale que l’amplification de la récession mondiale risque de décupler dans les mois à venir et c’est tout le consensus chinois qui pourrait en être ébranlé car, comme l’a maintenant dit Hu Jintao aux 25 membres du Bureau politique, la population va demander des comptes au parti. Depuis que leurs dirigeants, il y aura bientôt un quart de siècle, ont substitué l’horizon radieux du marché à celui du communisme, les Chinois avaient suivi. Ils avaient tout accepté, le maintien de la dictature, la répression quotidienne, l’écrasement des aspirations démocratiques de 1989 et une violence sociale autrement plus odieuse encore que celle qu’avaient décrite Dickens ou Zola car, enfin, le niveau de vie progressait. Des fortunes colossales se bâtissaient sur l’exploitation du plus grand nombre mais l’espoir de jours meilleurs était né. Les parents pouvaient croire que leurs enfants vivraient mieux qu’eux et, malgré de régulières explosions de colère dans les campagnes, le pays laissait le parti gouverner en échange de cet espoir. Il y avait un deal politique en Chine, implicite et solide, mais si le parti n’avait plus rien à offrir d’autre, demain, que toujours plus de chômage, la diversification de la société chinoise, la violence de la déception et du désespoir social pourraient, bien sûr, ébranler un régime qui paraît en être conscient.

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