Pour la Suisse, on comprend. Si ses dirigeants, sa presse, ses hôteliers, ses exportateurs et ses banques se sont tant inquiétés, hier, de ce vote interdisant la construction de nouveaux minarets, c’est qu’il menace directement les intérêts de la Confédération. Genève tire le dixième de ses revenus touristiques de visiteurs venus du Golfe, la proportion est encore plus élevée dans plusieurs stations de ski et la Suisse exporte dans le monde arabo-musulman dont les classes les plus aisées raffolent de ses comptes numérotés. Un simple recul de ces échanges porterait un nouveau coup à une économie ébranlée par la mise à mal du secret bancaire mais pourquoi ce vote, somme toute national, a-t-il tant frappé l’ensemble des pays européens où il a généralement été commenté avec inquiétude ? La réponse est que, si l’on pouvait organiser des référendums d’initiative populaire dans toute l'Europeaussi facilement que dans la Confédération, les mêmes causes produiraient probablement les mêmes effets. Sans doute n’y aurait-il pas partout de majorités aussi fortes pour interdire les minarets, mais une crainte de l’islam risquerait fort de s’y exprimer car elle a progressé dans toute l’Europe. On n’aime pas le dire mais le fait est que cette crainte n’est plus l’apanage d’une extrême droite traditionnellement xénophobe. Elle s’est insidieusement étendue à des milieux beaucoup plus larges et modérés, d’abord en raison du chômage qui finit par faire voir un concurrent en tout étranger, puis à cause à des menaces que les mouvements islamistes font peser sur le stabilité internationale et l’Occident en particulier et en raison même enfin, surtout, de l’évolution des sociétés européennes. Très détachées de la foi, sécularisées et non plus seulement laïques, nos sociétés ressentent aujourd’hui un grand malaise devant toute religion qui ne relève pas seulement d’un choix personnel mais s’exprime, se manifeste et revendique sa place dans la cité. Ce qui y fut hier la norme et le reste sur les autres continents n’est plus compris en Europe et l’apparition de cette nouvelle religion qu’y est l’islam est d’autant plus mal admise que ses fidèles demeurent souvent marqués par des sociétés traditionalistes où la libération de la femme et la tolérance sexuelle n’ont pas fait les mêmes progrès qu’en Europe. Cela explique que beaucoup de féministes, d’homosexuels, de femmes, de jeunes, de gens de gauche ou de la droite parlementaire s’inquiètent en Europe de l’affirmation de l’islam. L’explication par le racisme ne rend pas compte d’un phénomène qui ne se limite plus à cela et face auquel il est urgent de rappeler que les islamistes ne représentent qu'une infime partie des musulmans ; que du courant modernisateur de l'Islam commencent à prendre corps en Europe ; que toutes les personnes nées de famille musulmane ne sont pas croyantes ; que la sécularisation touche les musulmans d’Europe comme le reste des Européens et qu’il n’y aurait pas de meilleur moyen d’enfermer les musulmans de Zurich, Marseille ou Rotterdam dans une identité religieuse que de commencer à prendre des lois contre leur religion. Un ministre français, Eric Besson pour ne pas le citer, l’a fort bien dit : les minarets sont une question « d’urbanisme ».

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