Une grande négociation s’est ouverte, à Washington. Barack Obama d’un côté, les chefs de file, de l’autre, de la majorité parlementaire, remportée le 2 novembre par les Républicains, l’exécutif et le législatif américains cherchent à trouver depuis hier, les compromis sans lesquels la première puissance mondiale serait aujourd’hui ingouvernable. Avec la prochaine présidentielle en tête, Barack Obama joue la conciliation afin de montrer aux électeurs que la bonne volonté est de son côté. Les Républicains se montrent, eux, plus tranchants car leur base s’est radicalisée et votera, dans les primaires de 2012, en faveur des plus à droite des candidats. Ce sont les prochains scrutins et le futur visage de l’Amérique qui se jouent, là, dans une difficile partie imposée par l’histoire même de ce pays. Jaloux de leur indépendance, les Etats qui avaient formé les Etats-Unis d'Amérique n’avaient pas voulu d’un pouvoir fédéral fort. Ils voulaient s’unir pour s’affirmer et peser ensemble mais craignaient, dans le même temps, que le président et le Congrès ne leur imposent trop de décisions et que des élus sur lesquels ils n’auraient plus de prise directe ne les entrainent dans des changements brusques. C’est pour cela, comme autant de garde-fous, que le mandat présidentiel américain est si court, que la Chambre des représentants et le tiers du Sénat sont renouvelés tous les deux ans, que le pouvoir fédéral américain est contraint, en un mot, de vivre dans une campagne électorale permanente dont l’effet est double. Le président, les sénateurs et les représentants doivent penser toutes leurs décisions à l’aune de la prochaine échéance électorale. Ils n’ont pas le temps d’envisager des réformes à long terme et doivent régulièrement affronter, comme maintenant, des situations de cohabitation entre les deux grands partis. Aujourd’hui, c’est donc un président atypique, un intellectuel lucide et visionnaire mais qui voit sans doute trop loin pour être compris de la majorité de ses concitoyens contre des élus républicains portés par une mobilisation de l’électorat le plus conservateur. Rarement la conciliation entre les pouvoirs exécutif et législatif aura été aussi difficile à trouver et l’enjeu de cette négociation n’est pas que national. Dans ce bras-de-fer, Barack Obama voudrait pouvoir sauver son grand-œuvre, ce rapprochement avec la Russie qui lui a permis de faire front avec elle contre l’Iran, de commencer à faire jouer, sur la scène internationale, une connivence des vieilles puissances, russe, américaine et européenne, et de peser aussi sur l’évolution interne de la Russie en renforçant Dmitri Medvedev, avocat militant d’un arrimage de son pays à l’Occident. Pour cela, Barack Obama doit obtenir des Républicains la ratification du nouveau traité de réduction des armements stratégique qu’il a conclu avec la Russie mais les Républicains ne la voteront que si Barack Obama accepte, lui, de prolonger les réductions d’impôts dont Georges Bush avait fait bénéficier les plus riches des contribuables américains. L’accord n’est pas fait. Le monde demeure suspendu à la politique intérieure des Etats-Unis, aux arcanes d’un système conçu pour être faible.

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