L’ouverture de la COP-21 l’a largement éclipsé, mais c’était un événement important. Dimanche, les dirigeants européens et turc se sont mis d’accord à Bruxelles sur la contribution de la Turquie au contrôle des réfugiés et migrants cherchant à entrer dans l’Union.

Les Européens souhaitaient cet accord depuis deux mois car la Turquie et devenue le principal point de passage des flux migratoires qui quittent ses côtes pour rejoindre les îles grecques sur des embarcations de fortune fournies à prix d’or par des passeurs sans scrupule qui le abandonnent en mer.

L’idée était que la police turque y mette bon ordre, interpelle et renvoie dans leurs pays les migrants économiques qui n’ont pas droit à l’asile et héberge les réfugiés syriens dans des conditions décentes le temps qu’ils soient accueillis en Europe après vérification de leurs papiers.

La Turquie n’y avait pas d’objection de principe mais dans le mesure où elle a déjà pris en charge plus de deux millions de réfugiés syriens, elle voulait que l’Union contribue au financement des mesures qui lui sont demandées et que les Européens récompensent sa bonne volonté par des gestes politiques.

Après de longues semaines de tractations, c’est ce qui a été décidé dimanche. L’Union participera à hauteur de trois milliards d’euros, renouvelables en fonction des besoins, à l’hébergement des réfugiés syriens en territoire turc. Elle ouvrira de nouveaux chapitres des négociations d’adhésion de la Turquie qui étaient dans l’impasse et pourrait aussi, au vu des résultats de cet accord, faciliter la délivrance de visas pour les ressortissants turcs.

Le président turc et son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, qui le représentait à Bruxelles veulent voir là une relance du processus d’entrée de la Turquie dans l’Union.

« C’est un jour historique dans notre processus d’adhésion », a déclaré dimanche Ahmet Davutoglu mais il n’en est rien en réalité. L’Union a bien trop de problèmes à régler pour pouvoir envisager avant longtemps de nouveaux élargissements et l’adhésion de la Turquie est, en tout état de cause, rejetée par de grandes majorités des opinions européennes et beaucoup des gouvernements de l’Union.

Pour des raisons de politique intérieure et parce que son étoile ne brille guère sur la scène internationale, Recep Erdogan avait besoin de se prévaloir d’une relance des négociations d’adhésion. L’Union la lui a accordée parce qu’elle avait besoin de lui. C’est un donnant-donnant mais un faux-semblant absolu car, quand bien même les négociations progresseraient sur certains chapitres, elles se heurteraient à la question du respect des libertés qui ne cesse de régresser en Turquie.

Avec des journalistes condamnés ou poursuivis pour « terrorisme » au seul motif que leurs articles déplaisent au chef de l’Etat, la Turquie ne peut pas devenir membre de l’Union et même si elle devenait demain la plus parfaites des démocraties, les Européens ne lui ouvriraient pas leurs rangs car, à tort ou à raison, ils ne veulent plus les élargir et surtout pas à la Turquie.

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