La Chine est le troisième pays seulement, longtemps après les États-Unis et l’URSS, à aller sur la Lune pour recueillir des échantillons du sol lunaire. Symbole des ambitions de Pékin qui aspire à être une grande puissance spatiale ... et inquiète les Américains.

Le module chinois Chang’e 5 est depuis dimanche en orbite lunaire, et un engin « alunisseur » s’en est détaché pour aller recueillir des échantillons du sol lunaire à ramener sur Terre.
Le module chinois Chang’e 5 est depuis dimanche en orbite lunaire, et un engin « alunisseur » s’en est détaché pour aller recueillir des échantillons du sol lunaire à ramener sur Terre. © AFP / XINHUA / Xinhua via AFP

Il n’y a pas que sur Terre que se déroule une intense concurrence des grandes puissances : l’espace était autrefois l’un des champs de compétition de la guerre froide, c’est aujourd’hui la Chine qui a pris le relais, dans une course aux dimensions scientifiques mais aussi militaires, et même de prestige.

La Chine était il y encore vingt ans une puissance mineure dans la conquête de l’espace ; elle prouve ces jours-ci qu’elle rattrape très vite son retard. Un module chinois non-habité, baptisé Chang’e 5, du nom d’une déesse de la mythologie chinoise vivant sur la Lune, est actuellement en orbite lunaire : un engin « alunisseur » s’en est détaché, qui s’apprête à se poser sur une partie non-explorée de la Lune. Un bras articulé doit recueillir des éléments du sol lunaire, et repartir vers le module, avant de retourner sur Terre.

Si l’opération réussit, la Chine ne sera que le troisième pays à réussir cette prouesse technique. Les États-Unis et l’Union soviétique l’ont déjà fait - il y a 40 ans. Personne d’autre depuis. Prochaine étape, un Chinois sur la Lune, et une base permanente d’ici dix ans. La Chine s’affirme donc, avec retard, l’une des grandes puissances de l’espace, ce qui, dans un climat d’intense rivalité sur Terre, ne va pas sans poser problème.

Dans les années 90, les Occidentaux regardaient avec condescendance les efforts chinois pour exister. Ils ont compris en 2003 qu’ils avaient tort, lorsque la Chine a envoyé son premier homme dans l’espace, là encore le troisième pays avec la capacité de le faire. On a compris, depuis, que la Chine se donnait les moyens de maîtriser toute la chaîne technologique de l’espace, et d’en faire un objet de fierté nationale dans le pays, une part intégrante du « rêve chinois » de Xi Jinping.  

Les États-Unis ont depuis longtemps une attitude de méfiance vis-à-vis d’un pays qui n’était pas encore le rival stratégique d’aujourd’hui. Ils ont mis leur véto à la participation de Pékin à la station spatiale internationale dans laquelle cohabitent pourtant Russes, Américains, Européens et beaucoup d’autres. La Chine prépare sa propre station de son côté.

De même, lorsque Pékin s’est associé au programme Galileo, le « GPS » européen, les Américains ont fait pression pour y mettre des conditions. Résultat, les Chinois s’en sont retirés et ont lancé leur propre système GPS, Beidou, qui est aujourd’hui opérationnel. On peut multiplier les exemples montrant à la fois l’effort chinois, et les tensions géopolitiques jamais très loin.

Il existe inévitablement une dimension militaire à ces efforts. D’abord parce que le programme spatial chinois est géré par l’armée, et que la dimension stratégique du projet est inhérente à sa conception.

La Chine a réaffirmé ces derniers jours qu’elle n’était pas à l’origine de la militarisation de l’espace. Pourtant, c’est elle qui, en 2007, a surpris tout le monde en affichant sa capacité à détruire un satellite en orbite à partir de la Terre, relançant une course aux armements dans l’espace sur tous les continents. Américains, Russes, Chinois, Français et une poignée d’autres pays ont désormais intégré l’espace dans leur stratégie de défense. 

Il y a quelques années, un roman de science-fiction américain faisait démarrer la troisième guerre mondiale dans l’espace, avec la destruction du réseau de satellites GPS américains par les Chinois, tout un programme…

La Chine a beau avoir envoyé son module Chang’e vers une princesse mythique sur la Lune ; les enjeux sont d’une autre nature. Et pas seulement l’analyse de quelques cailloux lunaires.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.