La certitude est que tout bouge au Proche-Orient. Tout y bouge en même temps et partout mais vers quoi ? Davos, la semaine dernière. Dirigeants israéliens et palestiniens débattent en public de l’embellie dans leur conflit. Les Palestiniens martèlent que toutes les étapes sont concevables mais qu’il faut les inscrire dans un horizon fixé, parer les risques d’enlisement en disant, dès maintenant, que l’objectif est le retour aux frontières de 1967 et la coexistence de deux Etats. « Non », répond Shimon Pérès car si l’on tentait de le faire, dit-il, ce serait l’embrasement immédiat au sein des deux camps. Il faut d’abord, poursuit-il, réussir l’évacuation de Gaza et n’aller de l’avant qu’ensuite, quand la confiance aura été rétablie et que l’évolution des esprits permettra les concessions réciproques. Cela se tient mais, hier, la mort d’une enfant palestinienne a soudain tendu la situation. Que se passerait-il avec un carnage, d’un côté ou de l’autre ? On ne l’imagine que trop. Il faut, se dit-on, fixer cet horizon et pourtant… Les colons étaient plus de cent mille à manifester, dimanche, en Israël contre la seule évacuation de Gaza. Elle ne se fera pas sans casse. Ariel Sharon, c’est vrai, jouerait avec le feu en évoquant la Cisjordanie mais question : serait-il prêt, le jour venu, à évacuer la Cisjordanie ? Réponse, hier, à Paris, d’une grande figure de la gauche israélienne : « Maintenant que la direction palestinienne joue vraiment la paix, les Américains et l’Europe l’y obligeront. Sharon le sait ». Question à un Américain, fin connaisseur de la Maison-Blanche : « Georges Bush est-il prêt à mettre le poids des Etats-Unis dans la balance ? ». « Ce n’est pas joué, répond-il, mais il est très attentif au fait que cela lui permettrait de renouer avec les Européens et le monde arabe, de faire oublier l’Irak et d’entrer dans l’Histoire ». L’Irak, justement. Les élections n’ont rien résolu mais, outre qu’elles marginalisent les auteurs d’attentats, l’unanimité s’est immédiatement faite, dans toutes les capitales, sur l’absolue nécessité de tendre la main aux sunnites, de les intégrer au processus d’élaboration de la future Constitution. Cette lucidité est rassurante mais même en mettant les choses au mieux, ce sont maintenant les chiites qui vont prendre le pas en Irak. L’Iran chiite s’en réjouit ouvertement. C’est pour cela que les Iraniens n’ont jamais rien fait pour mettre les Américains en difficultés en Irak mais comment va réagir la région, tous ces voisins sunnites de l’Irak qui craignent le réveil de leurs propres chiites ? Ils sont d’autant plus nerveux que des voix se font entendre à Washington pour dire que les Etats-Unis devraient partout jouer les chiites et même s’appuyer sur l’Iran en lui proposant la pérennité de son régime en échange d’une alliance régionale et de son renoncement à l’arme atomique. Délire de penseurs en chambre ? Non, pas uniquement, car le régime saoudien qui s’essaie, la semaine prochaine, à ses premières élections, municipales et sans partis politiques, est extrêmement fragilisé. Confidence d’un prince : « Le problème est double : l’Arabie saoudite peut-elle survivre sans réformes et peut-elle peut survivre aux réformes ». Ce n’est pas la moindre des questions du Proche-Orient.

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