En novembre prochain, les Représentants et un tiers des sénateurs américains sont soumis à réélection. Les Démocrates sont si divisés et perdus que leur victoire est loin d’être acquise mais l’Amérique doute du bien fondé de la guerre d’Irak et le taux de popularité de son Président ne dépasse plus les 40%, niveau exceptionnellement bas qui inquiète les Républicains. A onze mois de ces élections, c’est donc un difficile discours que Georges Bush avait à prononcer hier. Requis par la tradition d’exposer au Congrès « l’état de l’Union » et ses perspectives, il ne pouvait pas plus lancer de grands projets sujets à controverses que se targuer de résultats probants en Irak ou ailleurs. Que faire alors ? Quel autre thème développer que la nécessité de poursuivre la bataille engagée pour le « progrès de la liberté », « la grande affaire, a-t-il dit, de notre temps » ? Que dire sinon qu’il n’y a « pas de paix dans le retrait et pas d’honneur non plus » ? Georges Bush ne pouvait ainsi que disserter sur la nécessité de combattre « l’islam radical, cette perversion d’une noble foi », sur le besoin de favoriser, pour cela, la démocratisation du monde arabo-musulman, mais il n’a pas même tenté de contrer ou discuter les objections que soulève cette stratégie. « Le monde, dit-il, ne peut pas permettre que le régime iranien se dote d’armes nucléaires ». Certes, mais on n’a pas entendu le Président américain dire comment les Etats-Unis et le monde pourraient empêcher qu’on en arrive là et moins encore reconnaître que l’embourbement irakien et les mensonges sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein ne laissaient guère d’options face à la théocratie iranienne. « Un soudain retrait d’Irak, dit-il, placerait des hommes comme ben Laden et Zarkaoui aux commandes d’un pays stratégique et montrerait qu’un engagement de l’Amérique a peu de signification ». En effet, c’est tout le problème, mais fallait-il, alors, aller en Irak et comment en sortir ? Pas de réponse non plus. Maintenant qu’une présidentielle pluraliste a eu lieu en Egypte, « le gouvernement, dit-il, doit y ouvrir la voie à une opposition pacifique ». Oui, sans doute, mais les Etats-Unis sont-ils vraiment prêts à voir alors les Frères musulmans gouverner ce pays ? Le monde et l’Egypte y gagneraient-ils ? Quel sens y a-t-il à prôner, parallèlement, de nouveaux « efforts de réforme » en Arabie saoudite alors qu’il n’y a pas d’opposition prête à prendre la relève dans ce pays ? Et peut-on se réjouir du vote démocratique des Palestiniens sans s’interroger sur les raisons de la victoire du Hamas et proposer une politique, une solution au conflit israélo-palestinien, permettant d’amener ce mouvement à travailler à « une paix durable » ? On comprend bien l’idée de Georges Bush. Il pense que le maintien des dictatures arabes nourrit le radicalisme et que la violence est soluble dans la démocratie mais entre les vérités d’un bac philo et la réalité du monde, il y a un abîme - un tel abîme que, pour l’heure, ce président voudrait réduire, de 75% en vingt ans, la part du pétrole proche-oriental dans l’approvisionnement américain.

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