Un deuxième député de l’opposition a été assassiné, hier, au Kenya. De nouvelles violences s’en sont suivies. Les pourparlers lancés mardi, par Kofi Annan, entre le parti du Président réélu et celui de son adversaire, victime de fraudes électorales, ont, donc, été ajournés, théoriquement à ce vendredi. Le Kenya poursuit sa descente aux enfers et c’est dans ce contexte que le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, père du concept d’ingérence humanitaire, vient d’appeler le Conseil de sécurité à agir au nom de la « responsabilité de protéger ». « Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit se saisir de cette question », a-t-il solennellement déclaré dans un communiqué parlant, à juste titre, « d’actes de barbarie », de « femmes et d’enfants violés » de « civils tués dans des conditions atroces ». Le silence aurait été inacceptable. L’inaction serait criminelle car la non-assistance à personnes en danger est un crime mais, aussi justifiée que soit cet appel de Bernard Kouchner, on voit bien, là, les limites de l’idée d’ingérence. Le Kenya n’est pas un mouchoir de poche. Ce pays est aussi grand que la France. Ce ne sont ni des dizaines ni des milliers mais des dizaines de milliers de soldats qu’il faudrait pour y rétablir l’ordre. Il faudrait longtemps à l’Onu pour les trouver et ce ne sont pas des casques bleus, surtout, qui pourraient prendre en charge et résoudre les problèmes économiques, sociaux et politiques à l’origine de ces violences ethniques. Chaque pays a son histoire, ses conflits. L’histoire européenne, même contemporaine, n’en témoigne que trop éloquemment mais est-ce à dire qu’on ne puisse rien faire ? Non. On peut, d’abord, car ce n’est pas rien, donner de la voix, simplement dire que cet engrenage de sang est inacceptable car dès lors que l’Onu le fera, d’autres, au Kenya même, seront encouragés à le faire aussi, à s’interposer plutôt qu’à se terrer, portés par l’espoir qu’ils seraient au moins moralement soutenus par le reste de l’humanité qui ne les ignorerait plus. Comme la lâcheté porte la lâcheté, la décence porte le courage mais il y aurait d’autres choses à tenter – sommer les dirigeants des deux partis d’apparaître ensemble à la télévision pour lancer un appel commun à l’arrêt de ces tueries et leur faire comprendre qu’ils pourraient être tenus pour pénalement responsables de leur poursuite en faisant immédiatement ouvrir une enquête, ne serait-ce qu’un dossier, par le Parquet de la Cour pénale internationale. Il n’y a pas un instant à perdre car, comme vient de le dire Paul Kagamé, le Président du Rwanda, d’un pays qui sait ce qu’est le silence du monde, « cela commence par cinq, dix morts puis cinquante, subitement une centaine, après des milliers et, lorsqu’on prend conscience de ce qui se passe, des communautés entières sont rayées de la carte et la situation devient inextricable ». On en est à près de 1000 morts au Kenya. L'ONU va, sans doute, se faire entendre mais si cela devait ne pas suffire, il serait à souhaiter que l’armée prenne le pouvoir à Nairobi, avant et non pas après qu’on ne puise plus compter les cadavres.

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