Les Etats-Unis prennent les devants. A défaut de progrès dans les négociations sur le programme nucléaire iranien, ils ont fait savoir samedi, par le canal du New York Times, qu’ils entreprenaient le déploiement de forces anti-missiles au Proche-Orient. En plus de l’Arabie saoudite et d’Israël qui en sont déjà équipés, quatre des Etats du Golfe, le Qatar, les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït, seront chacun dotés de deux batteries de missiles anti-missiles Patriot tandis que deux navires américains, également à mêmes d’intercepter des tirs iraniens, croiseront désormais en permanence au large des côtes de la République islamique. Le premier objectif de ce déploiement serait de dissuader les Iraniens de s’attaquer à ces alliés sunnites des Etats-Unis au cas où le Conseil de sécurité - ou les Occidentaux seuls - prendraient de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran. Le deuxième serait de suffisamment rassurer ces pays sur leur sécurité pour qu’ils ne veuillent pas, à leur tour, acquérir la bombe et ouvrir, par là, un nouveau cycle de dissémination nucléaire mais ce n’est pas tout. A en croire un officiel américain anonymement cité par le New York Times, les Etats-Unis voudraient également « calmer » les Israéliens, les convaincre, autrement dit, que leur protection est assurée et qu’ils n’ont, donc, pas besoin de lancer une attaque préventive contre les sites atomiques de l’Iran. Ce déploiement signifie avant tout que Barack Obama ne croit plus guère que l’Iran voudra saisir la main qu’il lui avait tendue et que les négociations en cours, pas totalement rompues, pourront aboutir mais cela ne veut, pour autant, pas dire que la tension monte, au sens militaire du terme. Paradoxalement cela pourrait montrer, au contraire, que l’Amérique s’apprête à « vivre avec le programme iranien », à ne pas tenter d'empêcher son développement par la force parce qu’elle ne sait pas si d’éventuelles frappes aériennes pourraient l’anéantir et parce qu’elle craint, aussi, qu’une telle escalade ne suscite des représailles iraniennes en Irak et en Afghanistan et n’ait pour premier effet de tripler, dans l’heure, les prix du pétrole et d’instantanément ruiner tous les efforts de relance économique, aux Etats-Unis comme ailleurs. Officiellement, « toutes les options sont sur la table » à Washington, y compris l’option militaire, mais, dès le mois d’octobre, dans un article longuement cité ici, le président de l’influent Council on foreign relations de New York, Richard Haas, avait publiquement exclu cette option comme irréaliste. Si les négociations n’aboutissent pas, avait-il alors expliqué, il faudra que les Etats-Unis, dans le même temps, offrent leur protection militaire à leurs alliés de la région et imposent au régime iranien, seuls ou à plusieurs, des sanctions économiques assez fortes pour le mettre en difficultés sur sa scène intérieure. C’est, semble-t-il, ce qu’ils commencent à faire.

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