C’est ce qu’on appelle changer de pied. Après avoir refusé de participer, vendredi, à l’ouverture des négociations de Genève avec le régime de Bachar al-Assad tant qu’il poursuivrait ses bombardements de quartiers d’habitation, l’insurrection syrienne a finalement décidé, ce week-end, d’y envoyer ses représentants.

La première raison de ce tête-à-queue est que les Américains et les Saoudiens y ont fortement incité les mouvements insurgés. La deuxième est que l’Onu, organisatrice de ces négociations, leur a garanti que les questions humanitaires constitueraient le premier point de l’ordre du jour. Quant à la troisième raison de ce changement de pied, elle est que l’insurrection avait tout à perdre à endosser la responsabilité d’un échec de Genève et tout à gagner à mettre, au contraire, le régime dos au mur en venant le sommer publiquement de cesser d’affamer et bombarder les villes qu’il assiège.

L’insurrection a renversé la charge de la preuve. C’est autrement plus habile que son attitude initiale. Cela exerce, sur le régime, une pression qui n’est pas négligeable mais ne garantit en rien la fin des souffrances des populations civiles puisque les djihadistes de Daesh ne sont évidemment pas partie prenante à ces négociations et ne souhaitent certainement pas leur succès qui permettrait de constituer un front commun contre eux.

En admettant même que les négociations de Genève puissent maintenant déboucher sur un cessez-le-feu entre l’insurrection et le régime, les coups de main de Daesh n’en cesseraient pour autant pas et le régime syrien pourrait vite en profiter pour reprendre ses opérations puisqu’il ne fait pas de différence entre l’insurrection et les djihadistes.

C’est le premier problème et le second a pour nom Vladimir Poutine car, avant d’entrer dans le vif des discussions, l’insurrection demande aussi l’arrêt des bombardements russes qui ne font pas moins mais plus encore de victimes civiles que ceux de l’aviation syrienne.

Peut-être la Russie fera-t-elle un geste. Il faut le souhaiter et on ne peut pas l’exclure mais ce serait tout sauf évident pour elle puisqu’elle affirme ne bombarder ni la population ni l’insurrection mais uniquement Daesh. Non seulement il lui est difficile de se démentir en réservant désormais ses coups aux seuls djihadistes mais il n’est pas du tout certain qu’elle souhaite relâcher sa pression militaire sur l’insurrection contre laquelle elle marque aujourd’hui des points - pour le plus grand bénéfice de ses alliés du régime.

Ces négociations de Genève demeurent plus qu’incertaines et le véritable espoir est qu’elles ne soient pas rompues avant le 10 février, date à laquelle toutes les puissances intéressées à ce conflit, grandes et régionales, se retrouveront à Munich. Beaucoup plus qu’entre le régime et l’insurrection, c’est entre elles qu’un compromis syrien pourrait s’esquisser mais on n’y est pas encore et loin de là.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.