Il y a un mois les plus pauvres des Iraniens descendaient dans la rue et le régime ne s'en est toujours pas remis

Un mois après le séisme, c’est une réplique après l’autre. Le 28 décembre dernier, éclatait à Machhad, la deuxième ville d’Iran, la première des manifestations contre la cherté de la vie qui allaient secouer tout le pays durant près d’une semaine. 

On avait déjà vu, en 2009, les classes moyennes urbaines descendre dans la rue pour protester contre le trucage de résultats électoraux. Les cortèges étaient alors impressionnants. Le courage des manifestants ne l’était pas moins. On savait, bien sûr, que c’est tout le régime qui était en fait mis en question mais, outre que cela ne se disait pas, prudence oblige, ce n’était pas les masses populaires qui défilaient en 2009 alors qu’à Machhad et dans les 80 villes qui avaient bientôt pris le relais, là oui, c’était les plus pauvres qui criaient leur colère, une immense colère contre la folle augmentation des prix alimentaires. 

Sans souci tactique aucun, le peuple avait donc conspué le régime, en bloc, et s’en était nommément pris à son Guide suprême, Ali Khamenei, le chef de la superstructure cléricale qui chapeaute, en Iran, les institutions élues de la République. C'était du jamais vu. Après la moyenne bourgeoisie, le petit peuple rejetait la théocratie mais le président de la République, le très pragmatique Hassan Rohani, avait su faire face à ce tremblement de terre avec les seules forces de l’ordre et sans faire appel aux Gardiens de la révolution, l’Etat dans l’Etat qui est le bras armé des conservateurs. 

Cette crise avait ainsi tourné à l’avantage du président et des réformateurs qui le soutiennent mais, depuis, réformateurs et conservateurs, tous les courants du régime s’interrogent sur ce qu’il faut maintenant faire. Pour les réformateurs, il faut lâcher du lest, lever le couvercle avant que la pression ne le fasse sauter. Pour les conservateurs, il n’en est pas question. Il faut bien plutôt acheter les plus pauvres en subventionnant les prix, et tant pis pour l’équilibre budgétaire.

Brûlant, le débat s’envenime tant qu’Hassan Rohani n’a pas hésité hier à déclarer, dans un discours télévisé prononcé à la veille des dix jours de commémoration de la révolution islamique, que c’était parce qu’il n’avait pas su écouter le peuple que le chah était tombé. « Il n’a pas écouté, a-t-il dit, les conseils du peuple. Il n’a pas non plus écouté, a-t-il ajouté, les voix des réformateurs, de ses conseillers, des universitaires, de l’élite et des gens instruits ». 

Il parlait du Chah mais on entendait évidemment le Guide, incarnation de la théocratie. Comme le Chah, ce régime peut maintenant tomber disait le président de la République, et cet avertissement lancé aux conservateurs, il faut l’entendre pour ce qu’il est : certes prématuré mais totalement juste. 

   

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