Un système de troc avec l’Iran, a été lancé hier par la France, le Royaume Uni et l’Allemagne, afin de contourner les sanctions américaines. Un geste modeste économiquement, mais symboliquement fort.

La presse iranienne le 9 mai 2018, au lendemain de l’annonce par Donald Trump du retraits des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les Européens multiplient les efforts, depuis, pour maintenir l’accord en vie.
La presse iranienne le 9 mai 2018, au lendemain de l’annonce par Donald Trump du retraits des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les Européens multiplient les efforts, depuis, pour maintenir l’accord en vie. © AFP / ATTA KENARE / AFP

C’est une société au capital modeste de trois mille euros, enregistrée à Strasbourg. Ca n’a l’air de rien, mais c’est la première réponse des trois principaux pays européens, la France, le Royaume Uni et l’Allemagne, aux sanctions unilatérales américaines contre l’Iran. Économiquement, ça ne pèse pas lourd, mais la symbolique politique et diplomatique est importante, et a été perçue comme telle à Washington.

Instex, c’est l’acronyme de son nom anglais, qui signifie Instrument pour faciliter les échanges commerciaux, est une structure qui va permettre de faire du troc avec l’Iran, avec un règlement en pétrole et gaz, sans risquer de tomber sous le coup des sanctions américaines. 

Ca ne concernera pas les plus grosses entreprises comme Total ou Renault qui ont déjà quitté le marché iranien depuis que l’administration Trump a imposé l’an dernier des sanctions qui s’appliquent au reste du monde.

Mais Instex permettra la poursuite des transactions de PME, dans un premier temps dans des domaines comme l’agro-alimentaire ou la pharmacie, exclus des sanctions, mais qui se heurtent à la difficulté de réaliser ces opérations sans enfreindre les interdits financiers. Le troc offre la solution idéale.

Pour les Européens, il s’agit de convaincre l’Iran de rester dans le cadre de l’accord nucléaire signé en 2015, malgré le retrait des États-Unis l’an dernier.

Après sa dénonciation par Donald Trump, le risque était grand de voir l’Iran sortir à son tour de ce cadre affaibli, et de reprendre ses efforts destinés à acquérir l’arme atomique. Les signataires européens de l’accord, la France, le Royaume Uni, l’Allemagne et la Commission européenne, ont convaincu Téhéran de ne pas commettre l’irréparable, et ont promis de tout faire pour conserver les flux commerciaux ouverts.

Instex répond très modestement à cette promesse, mais montre surtout aux Iraniens que les Européens ne s’alignent pas sur Washington. 

La réaction européenne permettra aux modérés du régime iranien de tenir tête aux durs de Téhéran, qui n’ont jamais aimé l’accord conclu en 2015 avec le grand Satan américain et ses alliés. Pour l’heure, les Iraniens ont respecté leurs engagements, comme l’ont reconnu les services de renseignement américains, au grand dam de Donald Trump qui les a traités de naïfs.

Cela ne règle toutefois pas les problèmes de fond. Car si les Européens veulent sauver le traité nucléaire, ils n’accordent pas pour autant un blanc-seing au régime iranien sur les autres sujets. Il s’agit en particulier du balistique sur lequel l’Iran poursuit activement ses tests, et de l’action des Gardiens de la Révolution au Moyen Orient.

Mais la portée de cette formule est peut-être plus importante pour les Européens eux-mêmes, dans la mesure où elle marque un premier « découplage » entre le vieux continent et les États-Unis ; avec une exceptionnelle unité de vue entre Paris, Londres et Berlin, malgré les pressions américaines. A l’heure où Donald Trump méprise et combat l’Europe et l’Otan, c’est une marque d’autonomie significative.

De ce point de vue, Instex est peut-être modeste, mais la symbolique n’échappe à personne.

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