Le calendrier civil n’est pas le calendrier politique. Tout comme le XX° siècle s’était ouvert avec la guerre de 14 pour s’achever avec la chute du Mur de Berlin, c’est cette année que débute le nouveau siècle, celui de la fin de l’hégémonie occidentale. Ce n’est pas que l’Europe et l’Amérique, soudain, ne compteraient plus. L’Union européenne et les Etats-Unis sont toujours, et pour longtemps, les deux premières puissances économiques du monde. Leur poids politique reste et restera considérable mais, après avoir modelé le monde depuis la Renaissance et défait le communisme, l’Occident devra, désormais, compter avec d’autres. Le choc pétrolier des années 70 et la montée du Japon l’avaient annoncé il y a, déjà, trois décennies. L’éveil de la Chine, de l’Inde et de la Corée l’avait ensuite confirmé mais c’est l’année dernière que cela s’est avéré avec l’embourbement irakien de l’hyperpuissance américaine. Inquiets des progrès de l’islamisme et désireux de les contrer en allant créer une vitrine occidentale au cœur du monde arabe, les Etats-Unis avaient conçu leur intervention en Irak comme un moyen de susciter une contagion démocratique au Proche-orient. Ils avaient tout pour réussir, l’argent, la force militaire, la détestation, surtout, qu’inspirait aux Irakiens la dictature de Saddam Hussein mais, bien au-delà de l’incroyable somme d’erreurs qu’ils ont commise, leur ambition s’est heurtée à un changement d’époque. Sortie du déclin ottoman, en plein boom économique, la Turquie leur a refusé la possibilité d’emprunter son territoire pour pénétrer en Irak par le Kurdistan où ils auraient été acclamés. Forts de leur nombre et inspirés par l’affirmation iranienne, les chiites irakiens n’ont pas voulu devenir des vassaux, reconnaissants et dociles des Etats-Unis et un piège s’est refermée sur l’Amérique. Face à sa défaite, elle apprend là qu’elle ne peut plus piloter un monde dont les mouvements sont trop profonds, amples et contradictoires pour être soumis à son leadership et l’année 2006 aura été celle de son grand recul. En 2006, on aura vu l’Amérique impuissante face à la Corée du Nord car la Corée du Sud ne veut pas être entraînée dans une guerre et que l’Asie ne veut pas d’une réunification coréenne. En 2006, l’Amérique a du se contenter de fausses sanctions internationales contre les projets nucléaires iraniens car elle ne peut pas se lancer dans un second conflit au Proche-Orient et ce n’est pas tout. Cette année-là, tandis que l’Europe s’installait dans sa panne, le Japon a tiré les conséquences du recul américain en marchant vers son réarmement, la Russie a fait son retour sur la scène internationale en reprenant prise sur son ancien empire grâce à sa puissance énergétique et la Chine est devenu un acteur de la scène mondiale en prenant pied en Afrique et utilisant son siège au Conseil de sécurité pour protéger ses alliés et ses intérêts. La multipolarité du monde n’est pas une lubie française. C’est la réalité de ce siècle qui naît cette année.

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