Incontournable en Irak et en Syrie, massivement présent à la frontière d’Israël grâce à ses protégés du Hezbollah libanais, l’Iran chiite donnait des cauchemars aux capitales sunnites, aux Israéliens et à Donald Trump mais voilà que ce pays est maintenant rattrapé par ses problèmes intérieurs.

Manifestation à Téhéran le 30 décembre 2017
Manifestation à Téhéran le 30 décembre 2017 © AFP / STR

Jeudi, des manifestations y ont éclaté contre le gouvernement du président Rohani, modernisateur pragmatique élu en 2013 et réélu en mai dernier. Hassan Rohani est l’homme qui avait promis aux Iraniens de conclure un compromis avec les grandes puissances sur la question nucléaire afin de faire lever les sanctions économiques internationales frappant son pays. Il y était parvenu. C’est ce qui explique sa triomphale réélection de l’année dernière avec près de sept points de plus qu’en 2013 mais les Iraniens n’ont pas vu venir les fruits de ce succès.           

Le chômage et l’inflation restent élevés. Rien ou presque n’a changé parce qu’il faudra du temps pour que la levée des sanctions se fasse sentir et que Donald Trump, surtout, ne se cache pas de vouloir torpiller un compromis dans lequel il voit le plus mauvais accord jamais passé par les Etats-Unis.  

Il y a une déception politique et un mécontentement social en Iran sur lesquels les plus conservateurs du régime ont voulu jouer dans l'objectif de contrer les efforts de rétablissement des comptes publics auxquels tendait le projet de budget que vient de présenter Hassan Rohani. Détaillé, argumenté, solide, ce projet s’attaque aux prébendes des fondations contrôlées par les conservateurs. Tout autant qu’il vise à l’équilibre budgétaire, il frappe au portefeuille les conservateurs du régime qui ont réagi en faisant descendre dans la rue des gens réclamant, non sans raison, l’amélioration de leur niveau de vie. 

C’était bien joué mais en moins d’une journée de manifestations, ce n’est plus Hassan Rohani qui s’est trouvé conspué mais le régime lui-même et son Guide suprême, Ali Khamenei, chef de file des conservateurs et des institutions cléricales. « Khameni, honte à toi »,  « A bas le dictateur ! », « Ayez honte les mollahs, laissez le pays tranquille », a-t-on entendu dans des cortèges dénonçant les sommes investies en Syrie et soustraites à l’amélioration de la situation en Iran.  

Alors non, ce n’est pas la révolution puisque ces cortèges demeurent peu suivis et que la masse des Iraniens reste prudente mais cette crise peut se développer car la certitude est que l’Iran préférerait, dans sa grande majorité, que ses revenus pétroliers soient investis dans son développement plutôt que dans des aventures extérieures. L’Iran vient de laisser voir une fragilité intérieure qui pourrait bien finir par changer la donne proche-Orientale.

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