L'année commence par l'emprisonnement pour espionnage d'un Américain en Russie

Il s'appelle Paul Whelan et il a été arrêté hier par le FSB, le contrespionnage russe, à Moscou. Le communiqué précise qu'il a été appréhendé « pendant un acte d'espionnage » ce qui tendrait à signifier qu'il a été pris le main dans le sac. Voilà pour la version russe.

Côté américain, pour le moment, très peu de réaction, sinon l'évocation de la convention de Vienne qui donne aux nationaux détenus dans un pays étranger le droit à des services consulaires. Bref, rien de plus banal : un échange de bons procédés.

Mais voyez-vous, Ali, ce qui est fatiguant avec les Russes, et d'autres régimes autoritaires d'ailleurs, c'est qu'affaire après affaires, il n'y a même plus de surprises : l'arrestation d'un espion côté occidental entraîne celle d'un Occidental à Moscou...

Il y a donc eu un espion russe arrêté aux Etats-Unis récemment ?

Pas un mais UNE espionne russe ! Maria Butina a été arrêtée et a plaidé coupable le 13 décembre dernier d'avoir tenté, pour le compte des services russes, d'influencer des responsables de la NRA, le lobby pro-armes américain, et du Parti républicain.

Depuis, Moscou a organisé une campagne sur les réseaux sociaux exigeant sa libération, tout en sachant que Mme Butina n'encourt que 6 mois de prison et qu'elle sera, selon toute vraisemblance, expulsée vers Moscou à l'issue de sa peine. 

Autrement dit, Moscou réclame à corps et à cris la libération d'une de ses affidées aux Etats-Unis tout en sachant parfaitement qu'il l'obtiendra dans quelques mois. Il sera temps alors de présenter une simple sortie de prison comme une victoire diplomatique.

Mais alors pourquoi avoir arrêté cet américain à Moscou ?

D'abord, parce que le plan de com' doit être parfait : si les Américains parviennent à prouver devant un tribunal que la Russie espionne les Etats-Unis, il faut leur retourner la politesse. Les services russes sont aussi efficaces que les étasuniens. C'est dit !

Il y a ensuite une autre raison : les régimes autoritaires se regardent entre eux et s'imitent. Or, dans l'affaire Huawei, qui a vu la responsable financière du groupe chinois, Mme Wanzhou, arrêtée par les Canadiens début décembre, Pékin a donné le ton.

Par mesure de rétorsion, deux Canadiens ont été arrêtés en Chine et une professeure elle aussi canadienne a été retenue puis libérée le 28 décembre. La Chine s'est donc constituée une sorte de monnaie d'échange humaine.

Une méthode testée et approuvée par les Turcs. Le cas le plus célèbre étant celui du pasteur Andrew Brunson, emprisonné en 2016 juste après le coup d'Etat raté contre Recep Tayyip Erdogan et qui n'a été libéré que deux ans plus tard, en octobre dernier.

Que voulaient les Turcs en échange ?

S'en servir pour faire pression sur la Maison-Blanche afin d'obtenir l'extradition de Fethullah Gülen, réfugié politique aux Etats-Unis et ennemi juré d'Erdogan. Autrement dit, la Russie regarde la Chine qui s'inspire de la Turquie.

Même principe pour les enlèvements : la Russie envoie des équipes en Angleterre, la Chine enlève ses nationaux en terres étrangères et la Turquie fait de même avec ses opposants exilés, kurdes ou non. Je vous le disais : aucune surprise et presque fatigant.

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