Des milliers de miliciens pro-iraniens ont assiégé l’ambassade des États-Unis à Bagdad, une escalade de la confrontation larvée entre l’Iran et l’administration Trump. Prochaine étape ?

Miliciens chiites en treillis tentant de pénétrer dans le périmètre de l’ambassade des États-Unis à Bagdad, mardi 31 décembre 2019.
Miliciens chiites en treillis tentant de pénétrer dans le périmètre de l’ambassade des États-Unis à Bagdad, mardi 31 décembre 2019. © AFP / AHMAD AL-RUBAYE / AFP

L’histoire ne se répète pas, dit-on… Mais il y a des événements qui restent gravés dans les imaginaires, et qui ressurgissent à la moindre occasion. C’est le cas de l’occupation de l’ambassade des États-Unis à Téhéran lors de la révolution islamique de 1979, une humiliation durable du « Grand Satan » américain.

Depuis, les bâtiments américains sont régulièrement pris pour cible par des insurgés, comme le consulat à Benghazi, la deuxième ville de Libye, en 2012, tuant l’ambassadeur des États-Unis. Et hier, donc, à Bagdad, où des milliers de miliciens pro-iraniens, leur drapeau jaune en tête, ont tenté de prendre d’assaut la plus grande ambassade américaine au monde, 42 hectares fortifiés au cœur de la zone verte, le secteur le plus sécurisé de la capitale irakienne.

Ils n’ont réussi à pénétrer que dans la première enceinte, mais le message est limpide : c’est en Irak que s’affrontent désormais Donald Trump et le régime iranien, engagés dans une dangereuse escalade depuis que les États-Unis se sont retirés de l’Accord nucléaire avec Téhéran l’an dernier, et ont imposé de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Pourquoi en Irak ? C’est un pays charnière : depuis l’invasion américaine en 2003, l’Iran y a considérablement étendu son influence, notamment par le biais des milices chiites ; les Américains, eux, y ont toujours un contingent de plus de 10 000 soldats, et aident l’armée nationale irakienne.

Pendant la guerre contre Daech, les États-Unis et l’Iran ont donc cohabité sans le dire contre cet ennemi commun. La défaite de Daech et surtout les pressions croissantes de l’administration Trump sur l’Iran ont rompu le fragile équilibre. Depuis, c’est l’escalade : attaque sur le pétrole saoudien, tensions dans le détroit d’Ormuz, et maintenant en Irak.

Téhéran a interprété le récent soulèvement populaire en Irak, qui a pris une tournure anti-iranienne, comme une agression américaine là où il y avait d’abord une colère contre l’incurie et la corruption. La réponse est venue avec l’attaque à la roquette vendredi contre une base américaine à Kirkurk, tuant un Américain, à laquelle les États-Unis ont riposté par des frappes contre les miliciens, faisant 25 morts.

Donald Trump est placé face à ses contradictions. Il a choisi la confrontation avec l’Iran, tout en cherchant à se désengager du Moyen Orient. Mais il n’a pas les moyens de se désengager, et l’Iran vient de faire monter les enchères. 

Lundi, un haut responsable américain déclarait que l’attaque des miliciens chiites était destinée à « rétablir la crédibilité de la dissuasion » américaine. La réponse hier devant l’ambassade montre que cette dissuasion est bien émoussée. 

La dernière chose que veut Donald Trump en cette année électorale, c’est une occupation d’ambassade -celle de 1979 a coûté sa réélection à Jimmy Carter-, ou une escalade militaire dans une de ces « guerres interminables » que Trump lui-même dénonce. Or pour survivre, l’Iran veut pousser le Président américain à la faute : le piège iranien menace de se refermer.

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