C’était une parfaite utopie, l’un de ces rêves d’humanistes qui font sourire les réalistes. L’idée en avait d’abord germé, après guerre, sur la lancée de la condamnation des criminels de guerre nazis par le tribunal de Nuremberg. On avait alors été à deux doigts d’instituer, comme cela se fait enfin aujourd’hui, une Cour pénale internationale chargée de juger crimes de guerre, génocides et crimes contre l’humanité mais la Guerre froide avait eu raison de cet élan d’enthousiasme. Puis, en février 1993, à défaut de savoir arrêter les guerres des Balkans, le Conseil de sécurité des Nations-Unies instituait un Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, celui devant lequel comparaît aujourd’hui Slobodan Milosevic. Un an plus tard, le génocide du Rwanda suscitait la création d’un autre TPI, chargé, lui, de juger les responsables du massacre des Tutsis, troisième génocide du XX° siècle. L’idée reprenait corps et, en 1998, cent vingt pays, réunis à Rome par l’Onu, se prononçaient en faveur de ce tribunal permanent, de cette Cour pénale internationale, qui voit maintenant le jour. Il aura ainsi fallu plus d’un demi-siècle, la chute du Mur de Berlin, le traumatisme yougoslave et un nouveau génocide pour arriver à ce que les criminels de guerre et autres massacreurs ne bénéficient plus de l’impunité. A compter de ce jour, un très grand jour, tous, même absous dans leur pays, seront passibles de la Justice internationale mais il reste, pourtant, beaucoup à faire. Ce n’est pas seulement qu’il faille encore, il y faudra quinze mois, nommer les juges et mettre la machine en marche. C’est surtout que beaucoup d’Etats, la Chine, l’Inde, la Turquie ou le Pakistan, n’ont pas signé ce Traité et que beaucoup d’autres, comme la Russie, Israël, les pays arabes à la seule exception de la Jordanie, les Etats-Unis avant tout, ne l’ont pas ratifié. Or pour que des crimes de guerre soient jugés par la Cour, il faudra, sauf saisine par le Conseil de sécurité, que ces crimes aient été commis dans un pays adhérent au Traité ou par des ressortissants de ces pays. Cette Cour est internationale. Elle n’est pas encore mondiale et il faudra encore bien des évolutions politiques, de très longue années sans doute, pour qu’elle le devienne. Il faudra, pour cela, que toutes les dictatures ou demi-dictatures qui se sont tenues à l’écart du Traité par crainte de ne plus pouvoir massacrer, torturer, déporter en paix, soient devenues des démocraties. Il faudra surtout que les pays en guerre ou toujours entre deux interventions, comme les Etats-Unis, ne craignent plus que leurs généraux, leur Président ou leurs soldats ne se retrouvent, un jour, au plus infamant des bancs d’accusés. On n’y est pas. La bataille ne fait que commencer. Hier, déjà, Washington est allé jusqu’à opposer son veto au renouvellement de la mission de l’Onu en Bosnie parce que le Conseil de sécurité refusait d’accorder l’immunité devant la Cour pénale aux casques bleus américains. La bataille sera dure, longue, mais la Cour existe. Il y a ceux qui la reconnaissent, l’Europe en tête, et les autres – ceux qui avouent avoir des raisons de la craindre.

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