Rien n’est joué. Il faut le dire, le redire et, toujours, garder en tête la facilité avec laquelle des extrémistes, israéliens ou palestiniens, ont tant de fois torpillé d’autres espoirs de paix mais tout de même, pourtant, comment ne pas voir le changement, en quelques jours, après trente-trois mois de violence ininterrompue ? Hier, vingt-quatre heures après l’annonce de la « trêve » décrétée par les organisations palestiniennes, une dizaine d’heures après le retrait israélien du Nord de la bande de Gaza, un commando palestinien abat un Bulgare, un travailleur immigré, près de Naplouse, en Cisjordanie. Cet assassinat est revendiqué par les Brigades des martyres d’Al-Aqsa, un mouvement lié au Fatah de Yasser Arafat. C’est une violation caractérisée de la trêve, bientôt suivie d’une autre fusillade, sans victimes cette fois-ci. Ariel Sharon pourrait aussitôt lancer une opération de représailles. Il l’aurait immédiatement fait en d’autres temps mais là, non. C’est un autre Sharon, le même mais avec une tout autre approche des choses, qui explique à des députés de droite : « Même si les Palestiniens étaient les plus rapides du monde, vous ne pouvez pas attendre d’eux qu’ils détruisent le terrorisme en un instant ». Non seulement ces violences n’ont pas cassé la détente en cours mais Ariel Sharon devrait s’entretenir, aujourd’hui, avec son homologue palestinien, le Premier ministre Mahmoud Abbas, et un nouveau retrait israélien, de Bethléem et de ses environs, est programmé pour demain. Washington, maintenant. Interviewé par CNN, Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain répète que les Etats-Unis attendent de l’Autorité palestinienne qu’elle désarme les organisation terroristes et les démantèle mais ses mots sont très soigneusement pesés. « Au bout du compte, dit-il, il faut arriver à ce que la capacité terroriste de ces organisations disparaisse ». « Au bout du compte », cela ne signifie pas immédiatement. Cela veut dire, au contraire, que les Etats-Unis admettent que les dirigeants palestiniens ne veuillent pas se lancer dans une guerre civile et préfèrent donner du temps au temps, position de principe d’un côté, souplesse tactique de l’autre. Damas, hier matin. Le Syria Times, quotidien officiel d’un régime qui soutenait, il y a quelques semaines encore, le terrorisme palestinien, estime que « la trêve pourrait être un pas en avant vers une solution pacifique si Israël s’y conforme ». Même son de cloche à Téhéran, optimisme plus net au Caire et dans l’ensemble des autres capitales arabes et à Islamabad, le président pakistanais, Pervez Musharaff, fonce, lui, dans la brèche en déclarant souhaiter ouvrir un débat national sur l’éventualité d’une reconnaissance d’Israël. « Il n’y a aucune raison, dit-il à la télévision, pour que nous soyons plus palestiniens que les Palestiniens ». Pour le Proche-Orient, cette journée du 20 juin 2003, aura été, en un mot, une belle journée, comme celles qu’on n’avait plus vues depuis les lendemains des accords d’Oslo, quand Arabes et Israéliens s’étaient crus à la veille de la paix. Alors ? Y croire ? « J’y crois, disait Léon Blum, parce que je l’espère ».

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