De nouvelles batailles succèdent aux anciennes. Désormais dotée d’un projet de Constitution et d’un Président pour cette nouvelle Commission qui prendra ses fonctions en novembre, ayant franchi les deux étapes que tant de gens ne la voyaient pas remporter, l’Europe aborde maintenant de nouveaux problèmes, autrement plus difficiles à résoudre. En charge, depuis ce matin, de la présidence tournante de l’Union, les Pays-Bas auront, d’abord, à s’atteler à la question turque, patate chaude des six mois à venir car c’est le 17 décembre prochain que les 25 devront décider s’ils ouvrent ou non des négociations d’adhésion avec Ankara. Avant cela, la Commission sortante aura dit, en octobre, si la Turquie a satisfait ou pas aux conditions d’évolution démocratique qui lui ont été posées en 1999. Les Turcs ont fait, depuis lors, de tels progrès en ce domaine qu’il y a toute chance que l’appréciation de la Commission soit positive mais les choses ne sont pour autant pas jouées. D’un côté, les gouvernements européens sont tous favorables à l’ouverture de négociations qui pourraient mener, sous une dizaine d’années, à une adhésion de la Turquie car tous considèrent que le meilleur moyen de désamorcer la tension entre l’Islam et l’Occident est de montrer qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux - qu’ils peuvent assez se rejoindre sur des valeurs communes pour qu’un pays de tradition musulmane devienne membre d’une Union de tradition chrétienne. A l’inverse, si la candidature de la Turquie, pays laïc et membre de l’Alliance atlantique, était rejetée au seul vrai motif qu’elle est musulmane, ce serait dire à l’ensemble des nations de l’Islam que, non, nous ne voulons pas avoir avec elles de destin commun, qu’une infranchissable frontière nous sépare, que c’est contre nous et pas avec nous qu’elles pourront s’affirmer. Les islamistes ne pourraient pas rêver d’un plus beau cadeau. Ce serait l’erreur à ne pas faire. Les gouvernements européens en sont conscients mais ils savent aussi, d’un autre côté, que la seule perspective d’une adhésion turque, si conditionnelle et lointaine soit-elle, est un repoussoir pour une part non négligeable de leurs opinions, qu’un énorme travail d’explication reste à faire et que cette question turque risque de peser sur les débats de ratification du projet de Constitution. Entre l’europhobie des Britanniques et l’euroméfiance de larges pans des droites et des gauches européennes, entre la faiblesse de la croissance économique et l’impopularité de la plupart des gouvernements en place, cette ratification – l’autre grand dossier de la présidence néerlandaise – sera difficile à conduire. Poussés par les impératifs géopolitiques mais retenus par les contraintes politiques, les dirigeants européens auront du mal à trouver quoi dire aux Turcs, autant qu’ils en auront à obtenir un « oui » sur la Constitution ou à préférer, plus difficile encore, une ratification parlementaire à un référendum. Le prochain semestre européen ne s’annonce pas plus tranquille que le précédent.

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