L’Histoire ne prend pas de vacances. C’est un mois d’août, celui de 1914, que la première Guerre mondiale s’est enclenchée sans qu’on sache, alors, qu’elle allait définir le siècle qui s’ouvrait. C’est un autre mois d’août, celui de 1968, que les chars du bloc soviétique ont écrasé le Printemps de Prague et le rêve, avec lui, d’un socialisme à visage humain. C’est encore un mois d’août, celui de 1980, que les ouvriers du chantier Lénine avaient entamé, à Gdansk, il y a vingt-cinq ans, la grève qui allait sonner le glas du communisme et jeter les bases d’un nouveau siècle. Les étés sont rarement des parenthèses mais le fait est, pourtant, que les années politiques, comme l’année scolaire, s’achèvent aux premières chaleurs. Cette chronique est la dernière de l’année 2004-2005, l’occasion, donc, d’un bilan. On n’aime pas le dire mais il n’est pas bon. On aimerait pouvoir montrer la lumière au bout du tunnel mais, pour l’heure au moins, tout est partout lourd et incertain, électrique et tendu. En France, d’abord, rien ne va. Ce n’est évidemment pas que la France soit perdue, ruinée, rayée de la carte comme le catastrophisme ambiant tend à le dire. La France reste l’un des plus doux pays du monde et sa quatrième puissance économique mais, non sans raisons, les Français ont le sentiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, que les problèmes sont à venir, que la France recule et que leurs dirigeants n’ont rien de bien clair à leur proposer. La France vit une crise de confiance dont la force du « non » au référendum n’est qu’un bien faible signe à côté du discrédit du chef de l’Etat, de la division des grands partis et de la résurrection d’une gauche de rupture après la réapparition d’une extrême droite, aujourd’hui la plus forte d’Europe. Avec des symptômes moins inquiétants, l’Allemagne ne se porte guère mieux. Elle aussi se cherche entre de nécessaires mutations et la nostalgie du progrès et c’est en conséquence toute l’Union européenne qui s’interroge sur son avenir, privée de son moteur franco-allemand, à la fois inquiète de ce que les choses aillent trop vite et trop lentement, de ce que l’Union ne soit pas déjà une démocratie, une Fédération, et de ce que trop de décisions d’importance se prennent à Bruxelles, dans les tractations entre Etats membres. Cette Union dont les Européens et le monde auraient tant besoin vient de rater sa mutation politique et la tentation des replis nationaux y est désormais aussi forte que ses conflits internes. A l’est du continent, en Russie, dans ce pays surarmé et virtuellement au moins l’un des plus riches de la planète, c’est encore bien pire. Là-bas, l’autoritarisme renaît sur les décombres d’une démocratie à peine entrevue, la liberté de la presse se meurt et la faillite nationale, le foudroyant naufrage d’un empire qui vient de perdre jusqu’à l’Ukraine, son berceau, son grenier, son lieu de baptême, offrent le plus formidable des terreaux au ressentiment nationaliste. Quant aux Etats-Unis, ils se sont si bien embourbés en Irak que leur autorité en est atteinte et, partant, leur capacité à garantir une stabilité internationale. C’est sans gouvernail que le monde va, change, tangue.

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