Pour un Français, pour cette France plongée dans une dépression collective tant elle est convaincue de courir à un inéluctable déclin, la lecture de la presse étrangère avait ces derniers jours quelque chose, oui, de réconfortant.

La semaine dernière, c’était le Spiegel , le grand hebdomadaire allemand, qui titrait sur «l’érosion » du poids d’Angela Merkel en Europe en constatant que les critiques dont sa politique était depuis longtemps l’objet à Paris et Rome étaient désormais reprise dans bien d’autres capitales, qu’elles seraient bientôt relayées par le futur nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et qu’elles étaient maintenant partagées, surtout, par les sociaux-démocrates avec lesquels elle gouverne en coalition et qui donnent de fait raison à la France sur son refus du tout austérité dans l’Union.

Cet article avait été publié avant le Conseil européen de vendredi, avant ce sommet des 28 dirigeants nationaux dont la France a tout motif de se réjouir puisqu’il s’est conclu, comme elle le demandait, sur un appel à « trouver un équilibre entre la discipline budgétaire et le nécessaire soutien à la croissance ». On peut donc se demander ce que le Spiegel aurait écrit s’il avait déjà eu connaissance de ce changement de ton des dirigeants européens. Peut-être, sans doute, aurait-il pu déclarer François Hollande finalement vainqueur de la deuxième mi-temps de son long match avec la chancelière mais le plus étonnant est un autre article, celui que le New York Times consacrait hier à la Grande-Bretagne.

Signée par son correspondant à Londres, Steven Erlanger, cette cruelle analyse décrivait en longueur la « soudaine crise d’identité » d’un Royaume Uni pris de vertige devant les maux et doutes qui l’accablent. L’Ecosse songe à se séparer de lui ou à lui imposer, au moins, une encore plus grande fédéralisation. Son alignement sur Georges Bush dans l’aventure irakienne lui a laissé un goût tellement amer que les Communes ont refusé, l’été dernier, d’autoriser son Premier ministre, David Cameron, à frapper les installations militaires syriennes après l’usage d’armes chimiques par Bachar al-Assad.

La reine tient magnifiquement son rôle mais personne ne sait ce qu’il en serait, demain, de son fils Charles. Et puis il y a maintenant, ce coup de grâce, ce complet échec de David Cameron qui n’a pas pu empêcher le Conseil européen de faire de Jean-Claude Juncker son candidat à la présidence de la Commission et qui s’est retrouvé mis en minorité et totalement isolé au Conseil où seule la Hongrie l’a soutenu.

Non seulement la Grande-Bretagne vient d’essuyer un échec retentissant dans l’Union mais elle y est lâchée par tout le reste de ses alliés d’Europe centrale et se demande anxieusement ce qu’il adviendrait de sa «relation spéciale » avec les Etats-Unis si elle décidait, demain, de ne plus compter parmi les 28, d’opter pour un « British exit », un Brexit, une sortie de l’Union.

Depuis hier, David Cameron fait tout pour se réconcilier avec Jean-Claude Juncker. On verra mais, pour un Français, la conclusion s’impose : « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console ».

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