En improvisant cette rencontre avec Kim Jong-un et en franchissant la ligne de démarcation, le Président américain a-t-il fait avancer la dénucléarisation de la Corée du nord ? On peut en douter…

Donald Trump et Kim Jong-un lors du franchissement par le Président des États-Unis de la ligne de démarcation entre les deux Corées.
Donald Trump et Kim Jong-un lors du franchissement par le Président des États-Unis de la ligne de démarcation entre les deux Corées. © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Donald Trump est-il un génie de la diplomatie, un as de la télé-réalité ? Ou les deux ?
 

Avant de pouvoir répondre à cette question, il faut saluer la performance : un simple tweet adressé à Kim Jong-un, et le voilà qui devient le premier président des États-Unis à fouler le sol de la Corée du Nord. 

En direct sur toutes les télés du monde, il a traversé la ligne symbolique de la zone démilitarisée entre les deux Corées, un vestige de la guerre froide qui reste un des lieux les plus dangereux de cette planète ! Et surtout le site d’un conflit jamais terminé puisque la guerre de Corée n’a pas été suivie d’un traité de paix depuis bientôt sept décennies.
 

Comme l’écrit ironiquement le « Washington Post » en paraphrasant Neil Armstrong sur la Lune, « c’est un petit pas pour le Président, mais un pas de géant pour ses audiences télé! »

Ce serait néanmoins une erreur de réduire l’événement à un spectacle, car les enjeux sont considérables. Et c’est là que les interrogations commencent. Car si les États-Unis maintiennent officiellement leur objectif de dénucléarisation de la Corée du nord, qui, ne l’oublions pas, possède déjà l’arme atomique contrairement à l’Iran, cet objectif n’a pas fait de progrès depuis que Trump est président.

Ce qui a changé, c’est le climat, c’est-à-dire cette amitié improbable entre ces deux hommes que tout devrait opposer, à commencer par le caractère sanguinaire du pouvoir nord-coréen ; mais ces deux hommes semblent, pour des raisons mystérieuses, s’apprécier. Malgré la déception de l’échec du sommet de Hanoi ; malgré, aussi, le récent test balistique nord-coréen que Trump a minimisé hier, contrairement à son administration.

Les négociations vont donc reprendre, mais elles en sont au même point qu’après le premier Sommet Trump-Kim l’an dernier à Singapour, c’est-à-dire loin d’un accord qui impliquerait l’abandon de l’arme atomique par le régime de Pyongyang. Le "New York Times" évoque d'ailleurs lundi la possibilité que l'administration Trump se contente d'un "gel" du programme nucléaire nord-coréen, pas de son démantèlement comme il le proclame officiellement. Ce serait un tournant majeur.

Mais rien de ce que fait, ou ne fait pas, Donald Trump ne peut être séparé de son objectif de se faire réélire l’an prochain.

Avec ce coup de maître à la frontière entre les deux Corées, Donald Trump a réussi à produire une image qui restera : elle sera abondamment utilisée pendant sa campagne électorale pour montrer un Président qui fait bouger les lignes. Il faut simplement s’assurer que, d’ici au scrutin de novembre 2020, rien de dramatique ne vienne brouiller l’image ; et tant pis si la Corée du nord a encore la bombe ! 

Même les moments dérangeants du G20 d’Osaka, comme ses plaisanteries sinistres avec Vladimir Poutine sur la manière de se débarrasser des journalistes, ou de véritables fautes politiques comme son refus de s’associer aux 19 autres pays sur la question-clé du climat, pourront être « vendues » à son électorat comme des preuves de son côté transgressif, notion positive dans l’univers de Donald Trump. Peu importe, là encore, les résultats.

Alors incontestablement, le président américain est un génie de l’image et de sa propre mise en scène. Pour le prix Nobel de la paix, on attendra encore un peu…

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