La nouvelle loi promulguée hier punit de peines de prison à vie la « subversion », faisant craindre pour les libertés dans le territoire autonome. Un parti démocratique s’est dissout pour y échapper.

Un manifestant est arrêté le 28 juin à Hong Kong, alors qu’il protestait contre la loi chinoise sur la sécurité qui a finalement été promulguée hier. Elle prévoit la prison à vie pour subversion.
Un manifestant est arrêté le 28 juin à Hong Kong, alors qu’il protestait contre la loi chinoise sur la sécurité qui a finalement été promulguée hier. Elle prévoit la prison à vie pour subversion. © AFP / ISAAC LAWRENCE / AFP

Pékin a choisi sa date : le 30 juin, la veille du 23ème anniversaire du retour de Hong Kong à la souveraineté chinoise. 23 ans d’autonomie qui ont subi hier un coup, peut-être fatal, alors que l’accord avec le Royaume Uni prévoyait que pendant un demi-siècle, le territoire serait gouverné en vertu du principe « un pays, deux systèmes ».

C’est à Pékin, et pas à Hong Kong, qu’a été adoptée hier, par le Comité permanent du Parlement chinois, la loi sur la sécurité, destinée à lutter contre « la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec des forces étrangères » dans le territoire.

Jusqu’au dernier moment, les Hongkongais ne connaissaient même pas le contenu précis de la loi, pas même les responsables de l’administration locale. Ils ignoraient si la peine maximale encourue était de dix ans ou de la prison à vie. A l’arrivée, le choc est rude, c’est bien la prison à vie que risquent les contrevenants.

Le gouvernement central a visiblement décidé de reprendre en mains ce territoire de six millions d’habitants, théâtre l’an dernier de manifestations de masse, d’émeutes, et d’élections locales qui ont donné la victoire aux partisans de la démocratie.

Personne ne sait vraiment la forme que prendra cette reprise en mains, mais pour ne pas prendre de risques, l’un des partis de la nouvelle génération contestataire, Demosisto, dirigé par le jeune activiste Joshua Wong, a décidé de se dissoudre. Âgé de 23 ans, Joshua Wong, l’un des visages du défi de Hong Kong à Pékin, s’attend à être arrêté et condamné. D’autres ont déjà pris le chemin de l’exil ou s’y préparent.

Le premier test de l’attitude de Pékin se déroule en fait dès aujourd’hui, pour l’anniversaire de la rétrocession, avec chaque année une grande marche en faveur de la démocratie. J’y ai assisté il y a deux ans, Joshua Wong et les autres activistes haranguaient la foule considérable ; il y avait même un groupe d’indépendantistes, très minoritaires, mais qui agacent particulièrement Pékin.

Mais il est possible que les autorités chinoises attendent un peu avant de passer à l’acte, pour voir si l’épée de Damoclès de cette loi et de ses lourdes peines fait son effet d’intimidation.

Pékin prend-il un risque calculé en durcissant son emprise à Hong Kong. Dans un climat international dégradé, aux allures de guerre froide, le pouvoir chinois sait qu’il sera bruyamment critiqué, et condamné. L’administration Trump a déjà annoncé la suppression du statut préférentiel de Hong Kong.

La crispation à Hong Kong n’est pas un accident de parcours, elle confirme le durcissement du régime chinois sous la direction de Xi Jinping, après le sort des Ouigours du Xinjiang, ou la suppression de la société civile en Chine. 

Mais les démocrates de Hong Kong se font des illusions s’ils pensent, comme l’a tweeté Joshua Wong, que l’Occident a les moyens, et même la volonté politique, d’empêcher Pékin de mener à bien sa « normalisation » de Hong Kong. 

La Chine se pense aujourd’hui assez forte, avec suffisamment de relais dans le monde, pour agir comme elle l’entend. Les Hongkongais sont, de fait, seuls au monde face au rouleau compresseur sécuritaire de Pékin.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.