Ce n’est pas un incident isolé. L’instabilité proche-orientale s’étend maintenant à l’Arabie saoudite car les violences de ce week-end à Al-Khobar, vingt-deux morts au moins dont neuf personnes égorgées dans une cage d’escalier, ne constituent que la dernière en date des actions terroristes menées depuis trois ans dans ce pays. Le 6 octobre 2001, un mois après les attentats du 9 septembre, une explosion tue deux étrangers, à Al-Khobar déjà. En 2002, un Britannique et un Allemand sont assassinés dans leur voiture. En 2003, deux attentats majeurs tuent 52 personnes et font plus d’une centaine de blessés tandis que se multiplient les affrontements meurtriers entre terroristes et forces de l’ordre. Sur les dents, la sécurité saoudienne déjoue alors de nombreux attentats mais les coups de main n’ont pourtant pas cessé de se multiplier cette année car l’Arabie est la cible privilégiée des réseaux d’Al Qaëda. Lui-même saoudien, leur chef, Oussama Ben Laden, veut à la fois faire partir les chrétiens, des infidèles, d’un pays qu’il regarde comme une terre sainte et affaiblir, surtout, l’Occident en menaçant ses approvisionnements pétroliers. Al Qaëda veut, en un mot, créer le chaos en Arabie saoudite et susciter, pour commencer, la panique sur les marchés pétroliers car ses têtes pensantes savent qu’ils placent ainsi les Etats-Unis devant un choix impossible. Ou bien ils mettent toutes leurs forces derrière la famille royale dans l’espoir d’éviter l’anarchie et la conséquence en est non seulement qu’ils compromettent un peu plus la monarchie comme alliée de l’Amérique mais qu’ils achèvent de se compromettre comme soutiens d’une dynastie corrompue qui met le pays en coupe réglée depuis près d’un siècle. Ou bien, à l’inverse, les Etats-Unis décident de vraiment faire pression sur la famille royale, de lui imposer des réformes politiques et plus d’équité, et ce calcul, aussi moral que judicieux sur le long terme, risque dans l’immédiat de précipiter une déstabilisation dont nul ne peut prévoir les suites. Depuis le 11 septembre, les Américains savent qu’ils ont un problème saoudien. Non seulement les organisateurs de ce raid qui a changé le monde étaient essentiellement Saoudiens mais l’Arabie et son pétrole sont au cœur de la guérilla mondiale que les islamistes ont lancé contre l’Occident. C’est cette réalité qui avait conduit les conseillers de Georges Bush à prôner l’opération irakienne car ils avaient cru qu’en établissant une démocratie pro-occidentale à Bagdad, ils étendraient la démocratie à toute la région et relativiseraient, en même temps, l’importance des approvisionnements saoudiens le temps qu’un changement politique s’instaure à Riad. On sait ce qu’il advenu de ces plans. L’Irak s’enfonce dans le chaos. Les Américains ne savent plus comment se sortir de ce guêpier. Après avoir promis de laisser l’Onu mettre en place un gouvernement national auquel ils passeraient les commandes le 30 juin, ils tentent aujourd’hui d’imposer leurs hommes en passant par-dessus les Nations-Unies et les Irakiens. La Maison-Blanche ne sait plus quoi faire, pas plus à Riad qu’à Bagdad.

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