Entre l'Amérique et la Russie, il n'y a plus qu'acrimonie, mélange de vrais et de faux griefs et étalage de rancoeurs. On avait déjà vu, mercredi, les chefs de leurs diplomaties tenter chacun d'avoir le dernier mot, toujours plus acide, au cours d'une conférence de presse commune mais le ton est encore monté hier. Vladimir Poutine s'en est pris à « certains acteurs des affaires internationales qui ont voulu dicter leur volonté à tout le monde ». « Ce n'est rien d'autre qu'un diktat, rien d'autre que de l'impérialisme » a-t-il lancé en dénonçant le volonté des Etats-Unis de déployer un système anti-missiles en Europe centrale. Au même moment ou presque, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, souhaitait, que « la Russie soit forte mais, forte, disait-elle, au sens du XXI° siècle, pas seulement avec un centre fort mais avec des institutions fortes, un système judiciaire et législatif fort et indépendant, des media forts et indépendants et des élections libres et justes ». On ne pouvait pas mieux dire que ce n'était pas le cas mais pourquoi cette guerre des mots prend-elle une telle ampleur et, surtout, où mène-t-elle ? En l'affaire, les Russes en veulent aux Américains de les avoir floués, ce qu'ils ont effectivement fait en violant leur engagement de ne pas prendre avantage du retrait soviétique d'Europe centrale pour y étendre l'Otan et leur influence. Les Américains, de leur côté, reprochent aux Russes de ne plus se comporter en alliés comme sous Boris Eltsine. Leur constat est tout aussi fondé mais, si la Russie n'hésite plus à jouer ses cartes en leur mettant, partout où elle le peut, des bâtons dans les rues, c'est précisément parce qu'elle voit les Américains s'acharner à réduire son influence dans l'ancien empire soviétique au motif que le Kremlin ne leur paraît plus sûr. La vérité est que l'Amérique a rempli un vide, que c'était à peu près inéluctable et que, loin de toute diplomatie, la passion a désormais pris le pas, entre ces deux pays, sur leurs intérêts. La Russie n'a pas plus d'avenir dans l'isolement que dans une illusoire reconquête de ses marches ou dans une connivence avec l'Iran et la Syrie qui n'aspirent qu'à un modus vivendi avec les Etats-Unis. L'intérêt de la Russie serrait de bâtir un partenariat avec l'Europe pour impose un rapport de force à l'Amérique mais son ressentiment l'éloigne toujour plus de cet objectif. L'intérêt de l'Amérique n'est pas de vouloir faire plier à tout prix l'orgueil russe. Il serait de voir que l'aventure irakienne ne l'a pas mise en position de force et qu'elle aurait besoin de l'appui de la Russie au Conseil de sécurité plutôt que la laisser pêcher en eaux troubles mais ni l'une ni l'autre ne voient plus ce qui les servirait. Comme dans un couple qui se défait après avoir cru s'aimer, il n'y a plus, entre elles, que rage froide.

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