C’est un signe, un de plus mais spectaculaire, des divisions au sein de la hiérarchie religieuse iranienne. Cité hier par la presse de Téhéran, Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, l’une des plus hautes instances de la théocratie qui dirige la République islamique, vient de déclarer : « Nous voyons qu’une page Facebook peut influencer des millions de gens ou qu’une vidéo prise par un téléphone portable peut être vue par le monde entier ».

On pourrait imaginer que la conclusion qu’il en tirait était qu’il fallait interdire, brûler, ces diableries mais non ! « Ceci est, à mon avis, une bénédiction », enchaîne-t-il au contraire alors même que Facebook, les téléphones portables et l’ensemble des réseaux sociaux avaient été, en 2009, l’arme par excellence des manifestations de protestation contre la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République.

Dans une parfaite anticipation des révolutions arabes de l’année dernière, les jeunes Iraniens avaient alors utilisé les nouveaux moyens de communication pour appeler aux rassemblements, en fixer l’heure et le lieu, proposer des mots d’ordre et surtout, avant tout, filmer tout ce qui s’y passait et donner aussitôt à voir à l’Iran et au monde l’ampleur des cortèges et la brutalité de la répression. Ce sont les Iraniens qui avaient inventé ce journalisme internet, amateur et militant, qui avait ensuite tellement servi aux Tunisiens et aux Egyptiens avant de témoigner maintenant des massacres quotidiens en Syrie.

En Iran, en faire l’éloge aujourd’hui, c’est faire l’éloge des manifestations de 2009, du printemps arabe et de l’insurrection syrienne, c’est le faire en sous-entendu mais sans ambiguïté et la suite des propos d’Hachémi Rafsandjani est encore plus claire. « Si les réseaux sociaux n’existaient pas, les mouvements contre la tyrannie et l’oppression seraient en danger », poursuit-il avant d’ajouter qu’on « ne peut pas stopper les gens dans leur recherche d’information » ce que le régime iranien s’acharne pourtant à faire.

Comme en Chine, internet est étroitement surveillé en Iran où près de la moitié des 75 millions d’Iraniens sont connectés à la toile, où le pouvoir s’acharne à bloquer l’accès à de nombreux sites au moindre frémissement politique mais où, les internautes, plus encore qu’en Chine, ont développé des logiciels de contournement des blocages.

Cet art est devenu un sport national que vient, de fait, d’encourager le président du Conseil de discernement mais pourquoi le fait-il et pourquoi maintenant ? Difficile à dire précisément tant les arcanes du pouvoir iranien sont opaques mais la certitude est qu’Hachémi Rafsandjani n’agit jamais par hasard. Ancien président de la République, figure historique du régime et père d’une opposante très active, cet homme multiplie depuis dix ans les appels du pied à la jeunesse, se campe en moderniste en sachant toujours jusqu’où ne pas aller trop loin et, s’il vient d’aller si loin, c’est qu’il a en pensé le moment venu.

A l’heure où le Guide suprême et l’actuel président se déchirent sur fond de désarroi du régime, il vient de reprendre date et c’est à suivre.

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