Rappelez-vous, le 31 mai 2013, au petit matin, la police turque délogeait brutalement plusieurs centaines de militants écolo qui s'opposaient à la destruction de ce petit parc...

Par Anthony Bellanger.

On commémore en Turquie, dans la douleur, les trois ans de la « révolte de Gezi »...

Rappelez-vous, le 31 mai 2013, au petit matin, la police turque délogeait brutalement plusieurs centaines de militants écolo qui s'opposaient à la destruction de ce petit parc situé en plein centre d'Istanbul et promis à la destruction.

S'en sont suivis trois semaines de contestation, de manifestations, mais aussi de répression. Des heurts qui ont fait des milliers de blessés et d'arrestations. Donc pas question pour le sultan Erdogan de laisser la société civile commémorer ce 3e anniversaire qui s'est, je le rappelle, terminé par une victoire symbolique de la rue : la destruction du parc Gezi a été abandonnée.

Hier, des dizaines de militants ont été préventivement arrêtés, dont 16 personnes de la Chambre d'architectes d'Istanbul qui avait été à la pointe de la contestation en 2013. On ne chatouille pas, même 3 ans plus tard, les moustaches du sultan.

Et ce n'est pas tout : Erdogan s'en est aussi pris à l'Allemagne hier...

Sur la question arménienne, cette fois. Demain jeudi le Parlement allemand doit se prononcer sur une résolution intitulée « Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes en 1915 et 1916 ».

Elle a peu de chances d'être adoptée, cette résolution, mais ça n'a empêché Erdogan d'appeler Angela Merkel et de lui conseiller de faire preuve de « bon sens », c'est-à-dire de tout faire pour que cette résolution ne passe pas.

On ne peut pas être plus clair. Erdogan se sent d'ailleurs d'autant plus libre de prendre de haut la chancelière que la dernière fois qu'il a demandé quelque chose d'improbable à Angela Merkel, il a obtenu satisfaction.

C'était pour exiger la condamnation d'un humoriste allemand qui l'avait insulté... Et l'Allemagne a effectivement engagé des poursuites judiciaires.

Prendre de haut l'Allemagne et l'Europe, est-ce que ce n'est pas contreproductif pour la Turquie ?

Effectivement, tant d'arrogance et de superbe finit par agacer tout le monde ! Il suffit de lire les commentaires dans les journaux européens : Erdogan y est décrit comme un satrape oriental ayant la folie des grandeurs et rêvant de restauration impériale. J'exagère à peine.

Mais, pour une fois, je vais essayer de me faire l'avocat du diable. Les Européens ont traité avec le mépris la Turquie depuis près d'un demi-siècle, faisant semblant, par exemple, d'ouvrir avec elle des négociations d'adhésion à l'Union européenne.

Des négociations systématiquement ajournées, parfois pour d'excellentes raisons – des coups d'Etat militaires par exemple – mais aussi pour de mauvaises raisons : la Turquie n'est pas européenne, elle est peuplée de 78 millions de musulmans...

Auj. Erdogan peut rendre la monnaie de sa pièce à l'Union européenne, pourquoi s'en priverait-il ? Ce faisant, il dit à l'Europe : vous ne voulez pas de réfugiés syriens, alors que nous en avons accueilli 2M : vous allez le payer très cher !

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