Tout tangue aujourd'hui pour l'Union européenne mais elle n'est pas près de couler

Ça tangue. Le moins qu’on puisse dire est que tout tangue aujourd’hui pour l’Union européenne car, enfin…

A Madrid, aujourd’hui, sauf coup de théâtre de dernière minute, le Président du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy, devrait être renversé par une motion de censure qui porterait au pouvoir le socialiste Pedro Sanchez. En soi, pas de problème pour l’unité européenne, dont les socialistes espagnols sont d’ardents partisans, mais le problème est que Pedro Sanchez a formé pour cela une coalition extrêmement hétéroclite dans laquelle on retrouve tout à la fois : les séparatistes catalans, les nationalistes basques, un parti des Canaries, des Iles Canaries, et Podemos, la gauche de la gauche.

Entre ces formations, il n’y a rien d’autre en commun que l’indignation que vient de susciter la condamnation pour corruption à de lourdes peines de prison de plusieurs dizaines de personnes liées au PP, au Parti populaire, celui des conservateurs de Mariano Rajoy.

Cette motion de censure n’est que trop justifiée mais elle n’en ouvre pas moins une période d’instabilité durant laquelle les socialistes veulent se refaire une popularité à coup de mesures sociales, souvent justifiées, avant que de nouvelles élections ne redessinent l’échiquier politique.

Pour plusieurs mois au moins, l’Espagne va tanguer et aujourd’hui toujours, l’extrême-droite de la Ligue et les protestataires du Mouvement 5 étoiles, vont accéder aux commandes italiennes. Ils ont accepté, pour cela, de ne plus confier le ministère de l’Économie à un partisan déclaré d’une sortie de la zone euro. Le chef de l’État, Sergio Mattarella, leur a, du coup, donné son feu vert. L’affaire est maintenant pliée et sans doute cela vaut-il mieux que de nouvelles élections à l’automne, mais la troisième économie de l’Union entre dans l’inconnu – et quel inconnu ! – au moment où Donald Trump défie l’Union en lui imposant des droits de douane de 25  sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

Oui ça tangue, de partout, vraiment, car tout cela vient s’ajouter à la crise ukrainienne, aux chaos du Proche-Orient, aux menaces orientales et méridionales et aux problèmes posés par les nationalistes d’Europe centrale et par le "fétichisme budgétaire", comme dit Emmanuel Macron, des pays d’Europe du Nord.

Ça tangue mais au-delà de leurs divisons, les Européens sont l’objet d’une attaque commerciale si frontale des États-Unis qu’ils peuvent aujourd’hui se dire, du nord au sud, d’est en ouest, à Rome comme à Madrid, qu’ils ne peuvent désormais que faire front, qu’opposer, comme on le disait hier à Berlin "l’Europe unie" à "l’Amérique d’abord".

L’Union s’apprête à répondre in kind aux Etats-Unis, de la même façon, par des mesures de rétorsion immédiates et par la saisie, aussi, de l’Organisation mondiale du commerce. Fluctuat, ça tangue, nec mergitur, mais ne coule pas.

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