En pleine rivalité avec la Chine sur tous les sujets, les images des émeutes aux États-Unis ont été largement utilisées par la propagande chinoise pour décrédibiliser les reproches que le Président américain lui fait.

Donald Trump, de dos, a eu un moment de répit, samedi, en assistant, au Centre spatial Kennedy, en Floride, au lancement de la capsule « Crew Dragon » de Space X avec deux astronautes à bord.
Donald Trump, de dos, a eu un moment de répit, samedi, en assistant, au Centre spatial Kennedy, en Floride, au lancement de la capsule « Crew Dragon » de Space X avec deux astronautes à bord. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Une partie de la rivalité entre les États-Unis et la Chine se joue dans une bataille d’image ; et de ce point de vue, Pékin ne pouvait espérer meilleur cadeau. Le pays qui désigne la Chine comme coupable de tous les maux fait la une du monde entier avec des émeutes urbaines.

On s’en doute, la propagande chinoise s’en donne à cœur joie pour relayer les images choc de Minneapolis, la rage des émeutiers contre la police, les magasins pillés.

C’est de bonne guerre : vendredi Donald Trump s’était réveillé en tweetant un seul mot trahissant son obsession : « China ! », avant d’annoncer quelques heures après le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la Santé pour cause d’influence chinoise, et des représailles à la loi chinoise sur Hong Kong. 

Mais dans le même temps, son pays souffre du coronavirus comme de cette explosion de violence provoquée par la mort filmée de George Floyd, la Chine ne se gêne pas pour faire le lien, et accuser le président américain de chercher à détourner l’attention.

Dans le bras de fer sino-américain qui entoure le coronavirus depuis trois mois, il y a un enjeu de légitimité. La Chine a réécrit l’histoire initiale en mettant en avant son succès dans la lutte contre l’épidémie, et en attribue les mérites au parti communiste chinois. Donald Trump, pour sa part, martèle la responsabilité chinoise, pour faire passer sa gestion chaotique du covid-19 sur le dos de Pékin.

Sur le plan intérieur chinois, les images de colère populaire, d’émeutes urbaines et de déploiement paramilitaire viennent anéantir les attaques du Président américain, en particulier ses reproches de fermeté excessive contre les manifestants à Hong Kong, un parallèle abusif mais efficace.

Ce cadeau involontaire ne change pas les fondamentaux de la rivalité, mais ces difficultés poussent le Président américain à appuyer sur l’hostilité envers Pékin.

Ce weekend, Donald Trump a renoncé à réunir le sommet du G7 après le refus d’Angela Merkel ; mais a suggéré de réunir plus tard un sommet élargi à la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie : il esquisse ainsi une alliance des démocraties contre la Chine, sous sa direction.

Il est plus qu’improbable que ces pays aient vraiment envie d’entrer dans cette croisade contre Pékin lancée par Donald Trump juste avant l’élection présidentielle, lui qui a royalement ignoré et parfois même combattu ses alliés depuis trois ans. 

D’autant que Trump a même suggéré d’inviter aussi Vladimir Poutine, l’allié de la Chine, qui n’a aucun intérêt à un renversement d’alliance, tout ça pour un strapontin dans un club qui l’a exclu.

Le coronavirus et les émeutes achèvent de décrédibiliser Trump sur la scène internationale. Il a pu toutefois jouir d’un moment de gloire et de bonheur avec le lancement de la fusée de Space X samedi. Mais, hasard ou pas, la capsule porte le nom de l’animal mythique chinois, le dragon. Il y avait quand même samedi un « dragon » aimable pour Donald Trump.

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