Après avoir mis fin en 2015 à la politique de l’enfant unique en permettant aux couples d’en avoir deux, le Parti communiste autorise désormais trois enfants. Mais tout indique que ça ne changera rien à une démographie en berne.

Les familles chinoises vont pouvoir avoir trois enfants, mais la génération de l’enfant unique a perdu le goût des familles nombreuses.
Les familles chinoises vont pouvoir avoir trois enfants, mais la génération de l’enfant unique a perdu le goût des familles nombreuses. © AFP / MARK RALSTON / AFP

On a souvent tendance à vanter la capacité du pouvoir chinois à faire des plans à long terme, et c’est vrai. Mais là où la Chine s’est lourdement trompée, c’est en matière de démographie. La décision du bureau politique du Parti communiste chinois, hier, d’autoriser les couples à avoir désormais trois enfants en est le reflet.

La politique de natalité a connu des évolutions brutales avec le temps. Mao voyait dans une population nombreuse un des atouts de la Chine, notamment sur le plan militaire : c’est par le nombre qu’il avait combattu les Américains pendant la guerre de Corée, et on lui attribue l’idée qu’en cas de guerre nucléaire, la Chine pouvait perdre jusqu’à 300 millions d’habitants, mais resterait le pays le plus peuplé au monde.

Trois ans après la mort de Mao en 1976, Deng Xiaoping a opéré un virage à 180 degrés, en imposant la politique de l’enfant unique. Pendant trente-cinq ans, cette politique fut imposée de manière autoritaire, avec des avortements et des stérilisations forcées, et de lourdes pénalités. Il faut lire « Grenouilles » (éditions du Seuil), un roman du Prix Nobel de littérature Mo Yan, pour comprendre le traumatisme qu’a créé cette politique sur tout un peuple. Elle a pris fin en 2015 seulement.

Cela faisait déjà plusieurs années que les démographes alertaient la direction du Parti sur le risque de voir la Chine devenir « vieille avant d’être riche », selon la formule consacrée.

En 2015, premier assouplissement, donc : les couples sont autorisés à avoir un deuxième enfant. Mais là où la génération précédente avait ardemment souhaité pouvoir avoir des familles plus grandes, celle qui a grandi avec l’enfant unique n’en avait plus le désir.

La politique du deuxième enfant a donc eu peu d’impact sur la démographie chinoise, d’où la décision d’hier d’élargir un peu plus la règle, sans toutefois l’abolir. 

Entretemps, les résultats du recensement décennal de 2020 ont été connus, et, malgré les 1,4 milliards d’habitants, ils ont révélé la plus faible progression de la population depuis des décennies, et une moyenne de 1,3 enfant par femme, l’une des plus basses au monde. Mais hier, à l’annonce de la nouvelle réforme, personne ne s’attendait à ce qu’elle change grand-chose.

Cela ne changera qu’à la marge, pour des raisons à la fois culturelles et économiques. La génération de l’enfant unique, plus individualiste, n’a plus le goût des familles nombreuses qui faisaient autrefois la fierté des Chinois. Et les contraintes économiques d’aujourd’hui sont fortes, dans un pays qui a une politique sociale tout à fait embryonnaire.

La structure familiale est résumée par la formule 4-2-1, quatre grands parents, deux parents et un enfant. Sans retraite, les grands parents sont à la charge de leurs descendants, qui ne peuvent pas se permettre d’avoir eux-mêmes plusieurs enfants. L’immobilier et le coût de la vie dans les grandes villes sont prohibitifs, et les couples se plaignent de l’absence de structures de soutien.

Le pouvoir chinois n’a pas anticipé cette crise démographique, qui risque de coûter cher à l’économie chinoise, et créer un vrai problème de prise en charge de la vieillesse d’ici deux décennies. Une erreur de planification donc, un comble pour un pays communiste.

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