(020501) On annonce la pluie mais, mauvais temps ou pas, il y aura du monde cet après-midi dans les rues de France, beaucoup de monde pour manifester contre le Front national. Réveillé par les 20% de l’extrême-droite, ce pays n’est en effet plus le même. En dix jours, tout a changé. Il y a dix jours encore, jusqu’à vingt heures dimanche dernier, la politique n’intéressait plus les Français. Il n’y croyait plus. Fini les militants, les tracts, la foi, les manifs, vive l’indifférence et la dérision ! La politique, c’était les Guignols mais, soudain, la France a réalisé que la démocratie est tout sauf un acquis, que si l’on ne s’en sert pas elle s’use. Tandis que les adultes restaient tétanisés, les jeunes, des jeunes que l’on disait, comme à chaque génération, indifférents à tout, seulement préoccupés de musique, de loft et de consommation, la jeunesse s’est immédiatement mobilisée. Le soir même, grâce au téléphone portable, ce mot de « jeunes » ne signifiait plus « délinquants » mais désignait les premiers à réagir, d’abord des petits rassemblements sous le choc puis, jour après jour, des manifestations de plus en plus nombreuses, intelligentes et maîtrisées, des manifestations de citoyens qui prenaient à 15, 16, 17 ans leur avenir en mains. Ce n’est pas seulement qu’une génération a fait là son baptême politique. C’est aussi que les enfants ont entraîné leurs parents et suscité cette incroyable levée de boucliers qui unit tous les milieux, tous les partis, toutes les églises, tous le syndicats et toutes les générations, Libération et le Figaro, contre un bateleur, « l’autre » comme dit Zidane, qui fait feu de tous bois, la fiscalité et la délinquance, le chômage et l’unité européenne, la peur de l’étranger et toutes les angoisses d’un monde en transition pour distiller le venin du « tous pourris » - tous sauf moi. On disait la France malade. En quelques jours, elle s’est montrée clairvoyante, prompte à s’unir, unanime à excommunier le mensonge et la haine. Mieux encore, Arlette mise à part, triste Arlette, la gauche n’a pas mis une journée à comprendre, des états-majors à la base, que l’adversaire politique n’est pas un ennemi, qu’il fallait porter tous les votes sur le candidat républicain resté en lice, qu’il fallait opposer un désaveu massif à l’extrême-droite. Non seulement la France s’est réveillée mais, face aux discours de guerre civile, elle s’est convertie à la tolérance politique, au respect de l’autre. C’est le second élément formidablement positif de ce moment d’exception. Ce n’est pas que la gauche rejoigne la droite. Ce n’est pas non plus que la droite ait maintenant à passer à gauche. Non, la gauche et la droite - elles sont faites pour cela - continueront à s’opposer mais peut-être, sans doute, restera-t-il de ces journées d’alerte, une nouvelle qualité du débat politique, la reconnaissance de valeurs communes aux deux camps, ces trois mots de la République : « Liberté, Egalité, Fraternité », ces trois mots qui fondent notre démocratie, qui font la France, qui sont sa marque – ces trois mots lourds de sens qui sont l’aune à laquelle juger toute politique.

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