Israël était sorti effaré, l’été dernier, de sa deuxième guerre du Liban. Ce n’est pas que le Hezbollah libanais, une milice et non pas l’armée d’un Etat, n’ait jamais été en situation de menacer son existence mais Israël avait soudain découvert que ses forces armées n’avaient plus la combativité d’antan et qu’il n’y avait pas de recette miracle, surtout, contre des combattants décidés à mourir et armés de missiles légers, lancés depuis des habitations et pratiquement indétectables. En quelques semaines, ce pays avait réalisé que la supériorité de ses blindés et de son aviation n’était plus décisive et que toute sa Défense était à repenser après qu’un million de ses habitants eurent dû fuir les régions nord pour échapper aux frappes. Désemparés, perplexes, les Israéliens étaient, depuis, en état de choc et la publication, hier, des premières conclusions de la commission d’enquête sur cette guerre ne sont pas de nature à les rasséréner. Le gouvernement, estime la Commission Winograd, a lancé une guerre dont « les buts déclarés étaient trop ambitieux et irréalisables ». Le Premier ministre « a pris sa décision hâtivement, bien qu’aucun plan militaire détaillé ne lui ait été soumis et sans qu’il en ait demandé ». Le ministre de la Défense « n’avait pas une bonne connaissance des principes de base du recours à la force militaire ». Le chef d’état-major a réagi « de manière impulsive » à l’enlèvement, le 12 juillet, des deux soldats israéliens par le Hezbollah et sa responsabilité est « aggravée du fait que le Premier ministre comme le ministre de la Défense manquaient du savoir et de l’expérience nécessaires à ces questions et qu’il les avait conduits à croire que l’armée avait les plans opérationnels adaptés à la situation ». L’ensemble du gouvernement, enfin, n’a « pas pris en considération la totalité des options possibles (et) cette faute reflète une faiblesse de la réflexion stratégique ». Le Parlement ayant approuvé cette guerre, c’est toute la classe politique israélienne qui est visée par ce réquisitoire mais sur quoi cette crise dans la crise peut-elle déboucher ? Dans l’immédiat, le gouvernement ne devrait pas démissionner car des élections anticipées balayeraient l’actuelle majorité de centre gauche au profit de la droite. Il y aura, bientôt, des replâtrages au sein de la coalition gouvernementale mais ensuite ? Premier scénario, Israël continue de naviguer à vue, réagit au lieu d’agir et pratique une politique de l’autruche qui ne peut que l’affaiblir à terme. Seconde possibilité, Ehud Olmert considère qu’il n’a vraiment plus rien à perdre et se décide, enfin, à vraiment explorer l’offre de paix de la Ligue arabe qui, effrayé par la menace iranienne, lui propose de le reconnaître en échange de la création d’un Etat palestinien dans les frontière de 1967. Tout changerait alors au Proche-Orient mais on n’en est pas là.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.