Le 1er mai 1886, le mouvement ouvrier entamait sa longue conquête des protections sociales. Ce jour-là, il y a 123 ans, à l’appel de l’American Federation of Labor, les ouvriers américains réclament l’institution de la journée de huit heures. Certains l’obtiennent, d’autres non. Affrontements à Chicago. Quinze policiers sont tués. Cinq des manifestants seront pendus le 11 novembre suivant. Le 1er mai est devenu un e date si marquante que trois ans plus tard, l’Internationale socialiste, réunie à Paris, décide qu’il sera, chaque année, une journée de manifestation internationale, en faveur des huit heures toujours, et c’est ainsi que les salariés défilent aujourd’hui, en France et sous toutes les latitudes, dans un rituel dont les origines se sont largement perdues mais qui n’en est pas moins un test mondial des rapports de force sociaux. En 123 ans, le monde du travail a d’abord connu une très longue phase d’avancées continues marquée par des décennies de luttes extrêmement dures puis par le grand tournant des années trente et les débuts de la protection sociale. Aux lendemains de la crise de 29, pour relancer l’économie américaine, Roosevelt invente le New deal, intervention de l’Etat dans l’économie, droits syndicaux et premiers avantages sociaux. En France, le Front populaire crée les congés payés. En Suède, la social-démocratie institue le compromis permanent, donnant-donnant, entre le Capital et le Travail. Les années trente sont le socle sur lequel les salariés des démocraties occidentales imposent, à la Libération, un rapport de forces qui durera jusqu’à la crise pétrolière des années 70. En ces années d’après guerre et de reconstruction, la main d’œuvre manque. Les salariés peuvent imposer leurs conditions et la peur du communisme est telle que les gouvernements, même de droite, lâchent constamment du lest. C’est durant ces années que la protection sociale va se développer et s’enraciner, notamment en Europe, mais la fin de la reconstruction et le premier choc pétrolier font renaître le chômage. La peur du communisme disparaît avec l’écroulement soviétique. Les classes moyennes, surtout, ne veulent plus financer, par leurs impôts, cette protection sociale qui a pourtant permis leur essor. Elles basculent à droite, permettent les élections de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, artisans d’une longue phase de libéralisation de l’économie internationale qui infligera de très profonds reculs aux salariés. La roue tourne mais elle a de nouveau tourné depuis la faillite de Wall Street et ce grand retour de la puissance publique, de l’Etat, qui est partout à l’œuvre. L’argent a désormais besoin des gouvernements qui ont eux-mêmes besoin des voix des électeurs. Une troisième phase de l’histoire sociale s’est ouverte en septembre car, tandis que, partout, l’angoisse et la colère montent parmi les salariés, les gauches retrouvent un espace politique dans lequel Barack Obama, un démocrate, s’est engouffré en novembre. Une nouvelle période s’annonce dont ce 1er mai sera le premier test, en France comme ailleurs.

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