C’est l’un des dossiers internationaux dont le futur président français devra très vite se saisir. A Bamako, capitale du Mali, de violents incidents ont éclaté la nuit dernière entre les putschistes qui avaient pris le pouvoir le 22 mars dernier et la garde présidentielle, les « Bérets rouges », fidèle au président renversé, Amadou Toumani Touré.

Après avoir multiplié ces derniers jours les arrestations dans les milieux proches de l’ancien président, les putschistes avaient voulu s’en prendre, hier, à son ancien chef d’état-major. Les Bérets rouges s’y sont opposés et, les armes ayant parlé, ils ont ensuite marché sur les bâtiments de la Radio-télévision dont ils avaient partiellement pris le contrôle au milieu de la nuit avant de s’attaquer à la place-forte des putschistes, la garnison de Kati, proche de la capitale.

Il semble ce matin que les putschistes reprennent la main mais le chaos vient de s’aggraver dans ce pays de la ceinture méridionale du Sahara dont les régions nord sont en proie, depuis de longues années, à une rébellion des populations touaregs qui aspirent à y former un Etat indépendant. Endémique mais jusque là limitée, cette rébellion a été renforcée depuis l’été par le retour dans la région des mercenaires touaregs qu’avait recrutés l’ancien dictateur libyen Muamar Kadhafi.

Ces mercenaires ont transformé une guérilla sporadique en vraie guerre. Leurs forces se sont additionnées à celles des islamistes algériens qui, chassés de leur pays après leur défaite, se sont repliés dans le Sahel pour y former al Qaëda au Maghreb islamique, AQMI, un mouvement criminalisé qui vit d’enlèvements et du trafic de drogue. Les Touaregs et AQMI n’ont en commun qu’une fragile alliance de circonstances mais ils se sont emparés ensemble du Nord Mali et cette situation de fait porte maintenant une double menace – celle de la reconstitution d’un foyer djihadiste et celle, surtout, d’un bouleversement des frontières régionales car l’irrédentisme touareg affecte à la fois l’Ouest du Niger, le Sud algérien et le Nord du Mali.

C’est pour protester contre l’inaction qu’ils reprochaient à l’ancien président malien que les putschistes avaient pris le pouvoir il y a un mois et demi. Ils avaient accepté depuis de le rendre au terme d’une période de transition négociée par la Cédéao, la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest, mais ils semblent ne plus vouloir de ce compromis et notamment pas de l’envoi de troupes de la Cédéao dans leur pays. Favorisée par la France qui ne souhaitait pas avoir à intervenir, la solution régionale parait prendre l’eau. C’est l’un des casse-tête qui attend l’élu du 6 mai.

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