On n’imagine pas que les chaînes de télévision ne retransmettent pas les grands débats précédant les élections nationales. Elles se battent, au contraire, pour le faire mais là, non, même le service public refuse que France 2 diffuse le débat qui opposera dans quinze jours les chefs de file des principales listes en compétition pour les élections européennes du 25 mai.

Une pétition circule. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, a saisi le CSA car France Télévisions ne peut pas arguer du fait que ces élections n’intéressent guère les citoyens – ce qui est largement vrai – pour ne rien faire pour les y intéresser et, pire encore, envoyer le message qu’elles n’auraient pas d’importance alors que c’est tout, sauf le cas.

L’Union européenne n’a jamais été autant au cœur des débats. Pour la première fois de son histoire, ses politiques touchent tous ses citoyens puisque la réduction des dettes publiques et des déficits budgétaires les affecte tous plus ou moins gravement. Très contestées, les politiques européennes ont pris, à bien des égards, plus d’importance que les politiques nationales et il serait donc d’autant plus inadmissible de ne pas pouvoir entendre les grands courants politiques européens sur ce qu’il faut faire ou ne plus faire en Europe qu’il y a deux enjeux de taille, institutionnel et politique, dans ces élections.

A l’exception de l’extrême-droite, trop divisée pour le faire, tous les grands courants d’abord se sont dotés d’un chef de file qu’ils entendent bien porter à la présidence de la Commission s’ils obtiennent la majorité au Parlement, seul ou en coalition. Ils ont le pouvoir de le faire car si les traités confèrent au Conseil européen, aux 28 chefs d’Etat et de gouvernement, la responsabilité de proposer un candidat à la présidence de la Commission, c’est le Parlement qui lui donne ou lui refuse son investiture. Les députés peuvent, autrement dit, refuser tout autre candidat que le chef de la majorité parlementaire et c’est ce que les principaux partis en lice sont décidés à faire.

En votant à ces élections parlementaires, on élira ainsi le président de la Commission et cela changera beaucoup de choses dans l’Union car ce président pourra se prévaloir d’un mandat populaire et d’une majorité parlementaire pour opposer le programme paneuropéen sur lequel il aura été élu aux obscurs compromis négociés en Conseil européen entre les 28 dirigeants nationaux, ceux qui ont aujourd’hui, sur l’essentiel, tout le pouvoir dans l’Union.

Aux côtés du Conseil, de la chambre des Etats, de ce qu’est le Sénat aux Etats-Unis, l’Union aurait alors une vraie chambre de l’union, ce qu’est la chambre des représentants à Washington. Les institutions en seront clarifiées et leur fonctionnement modifié. On saura enfin qui fait et défend quoi et pourquoi dans l’Union qui aura des institutions lisibles et des responsables identifiés que les électeurs pourront juger sur pièces. Cet enjeu institutionnel est fondamental et l’enjeu politique du 25 mai ne l’est pas moins puisqu’il s’agira de donner mandat au Parlement et à la Commission qui procédera maintenant de lui et non plus du Conseil de poursuivre ou modifier les politiques actuelles. Cela vaut bien un débat, sur une grande chaîne et à l’heure de grande écoute.

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