Anthony Bellanger.

Ce matin, Anthony, vous nous emmenez à Gaza pour nous parler art contemporain... !

Tout est possible, sur France Inter . Je suis sûr que nos auditeurs ont déjà entendu parler de Banksy. C'est un graffeur britannique légendaire. La moindre de ses fresques murales atteint des centaines de milliers de livres sterling ou d'euros aux enchères. Mais ce qui le rend très célèbre, c'est que personne ne sait à quoi il ressemble. Dans un monde hypervisuel où les « selfies » s’enchaînent en masse sur les réseaux sociaux, personne ne sait à quoi il ressemble : aucune photo de lui ne circule, juste son art.

De temps en temps, on découvre ici ou là dans le monde, une nouvelle œuvre peinte sur un mur aveugle dans la rue... n'importe où en fait. Toujours en pleine rue, toujours au hasard et toujours de façon anonyme.

Du coup, il vaut mieux dans ces cas-là passer avant les services de nettoyage municipaux et prévenir vite la presse, sinon l'œuvre est perdue !

Des dizaines de ses fresques ont ainsi été effacées -dommage...- parce que, lorsqu'on se rend compte qu'on a un Banksy sur sa porte de garage, c'est un peu comme gagner au loto.

Quel rapport avec Gaza ?

Eh bien, Banksy est passé par Gaza (il est même entré clandestinement en passant par les tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza) en février et il a laissé sur les murs détruits par l'opération israélienne d'août dernier trois fresques représentant un chaton avec un gros nœud rose, une déesse grecque en pleurs et des enfants jouant sur un manège.

Trois fresques, trois destins : la première, le gros chaton, a été peinte sur le mur de la maison détruite de la famille Shenbari qui raconte volontiers comment Banksy leur a poliment demandé s'il pouvait travailler sur leur mur.

Non seulement les Shenbari lui ont donné leur accord, mais toute la famille l'a entouré, lui a apporté de l'eau et de la nourriture, lui a promis de ne pas prendre de photos de lui au travail. Chose promis chose due : M. Shenbari refuse de décrire l'artiste.

Je répète qu'il ne savait pas qui était Banksy, ni le cadeau ahurissant que l'artiste faisait à cette famille ruinée par la guerre. Mais le plus beau, c'est que M. Shenbari n'a jamais cherché à monnayer l'œuvre. Mais à la protéger !

Comment ça, la protéger ?

Il a décidé, avec ces enfants et son épouse de construire autour de sa fresque une sorte de cage grillagée pour empêcher les visiteurs de toucher l'œuvre avec un auvent contre les intempéries. Il veut en faire un musée pour que tout le monde puisse en profiter.

Et les autres fresques ?

La seconde, la déesse grecque en pleurs, a été peinte sur une porte de fer au milieu des décombres. Elle a connu un tout autre destin : un amateur d'art s'est vite aperçu de la valeur de l'œuvre. Il a acheté la porte pour rien et sans rien dire à son propriétaire.

Lorsque le propriétaire s'en rendu compte qu'il s'était fait avoir, il a porté plainte auprès des autorités du Hamas. Du coup, la police est passé, a récupéré la porte et l'affaire est aujourd'hui devant les tribunaux qui devront décider d'annuler ou non cette vente.

Quant à la 3ème fresque, les enfants jouant au manège, elle est située en pleine rue, sur le mur extérieur d'une maison habitée et tout le monde à Gaza en profite sans police, ni visite guidée. Une œuvre pour tous en fait, comme il se doit !

Trois œuvres et donc trois destins : la solidarité pour la 1ère, l'avidité pour la deuxième et le partage pour la 3ème. Banksy a donc suscité, en quelques coups de bombes à peinture, et à Gaza, l'éventail presque complet des sentiments humains ! Bravo l'artiste !

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