Les chances d'Emmanuel Macron de sauver le compromis iranien sont extrêmement minces mais pas inexistantes

En première ligne, il se dépense et se bat sans relâche. Hier encore, de l’avion qui le menait en Australie, Emmanuel Macron a successivement appelé Vladimir Poutine, Benjamin Netanyahou et Donald Trump. 

Il voulait évidemment les convaincre de l’intérêt de sa proposition d’élargissement du compromis nucléaire que les grandes puissances avaient conclu avec Téhéran en 2015 et que le président américain voudrait maintenant dénoncer mais qu’en est-il de ses chances d’y parvenir ?

Eh bien, si minces qu’elles soient, extrêmement minces, elles ne sont pas inexistantes. La première est qu’il a maintenant convaincu les Iraniens et les Russes que sa proposition n’était réellement pas de renégocier l’accord d’il y a trois ans puisque cette exigence américaine est aussi inacceptable pour l’Iran que pour la Russie mais de le compléter par trois autres accords – des négociations dans l’immédiat – sur les crises syriennes et yéménites, sur les missiles iraniens et sur l’échéance du compromis de 2015 qui avait été conclu pour dix ans. 

Ce n’était pas acquis. Russes et Iraniens étaient extrêmement méfiants mais les assurances que leur a données Emmanuel Macron étaient assez solides pour que les échanges avec eux se soient bien déroulés, qu’il n’y ait pas eu de refus, ni russe ni iranien, d’envisager ces négociations complémentaires et que des conversations puissent même s’ouvrir relativement vite sur les crises régionales. 

Reste donc à voir s’il est possible de transformer l’essai et, non, ça n’est pas impossible non plus puisque l’ouverture de discussions ne préjugerait de rien pour personne et que les Iraniens auraient tout intérêt à aider Emmanuel Macron à convaincre Donald Trump de ne pas sortir immédiatement du compromis nucléaire car plus personne ne voudrait alors continuer à investir chez eux. 

Quant à Vladimir Poutine, il n’aurait aussi qu’avantage à épauler le président français puisque la Russie s’embourbera en Syrie tant qu’une paix n’y aura pas été conclue et que la proposition française est porteuse d’une dynamique de recherche d’un compromis régional entre l’Iran, l’Arabie saoudite, la Turquie et toutes les puissances intéressées à ce conflit. 

Donald Trump lui-même aurait intérêt à ce qu’Emmanuel Macron réussisse car il pourrait alors se targuer d’avoir changé la donne par sa fermeté et n’avoir pas, surtout, à prendre les décisions militaires qu’impliquerait la rupture du compromis nucléaire avec l’Iran. C’est si vrai que Benjamin Netanyahou a voulu, hier, ancrer le président américain dans l'intransigeance en accusant les Iraniens d’avoir voulu se doter de la bombe, ce qui n’était pas vraiment un scoop. 

Comme les Saoudiens, la droite israélienne veut la fin du compromis nucléaire car ces deux pays voient en l’Iran un danger existentiel. La roue tourne et le suspense est complet.

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