Le gouvernement d’union de Netanyahou et Gantz devrait passer les derniers obstacles juridiques avant de voir le jour et de passer à la partie explosive de son programme : l’annexion d’une partie de la Cisjordanie occupée, changeant la donne politique.

Benny Gantz et Benyamin Netanyahou sur une affiche électorale aux dernières élections : alors rivaux, ils ont conclu un accord de gouvernement, mais c’est Netanyahou qui reste premier ministre pour 18 mois.
Benny Gantz et Benyamin Netanyahou sur une affiche électorale aux dernières élections : alors rivaux, ils ont conclu un accord de gouvernement, mais c’est Netanyahou qui reste premier ministre pour 18 mois. © AFP / MENAHEM KAHANA / AFP

Les gros titres de la presse israélienne sont consacrés au coronavirus, mais la pandémie a eu un effet politique inattendu : elle a sauvé Benyamin Netanyahou, et aura des conséquences considérables dans cette région oh combien sensible.

Dans les prochains jours, Netanyahou devrait franchir les derniers obstacles juridiques lui permettant de rester premier ministre pour la cinquième fois, bien qu’il ait été mis en examen pour corruption. Et il le sera grâce à la volte-face de son adversaire de trois élections générales, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz. A égalité, les deux hommes alterneront à la tête du gouvernement ; mais c’est Netanyahou qui assurera les premiers 18 mois, pour bien montrer que, dans les faits, rien ne change.

Le principal effet collatéral de cette entente, jugée contre-nature il y a encore quelques semaines, se fera sentir chez ceux qui ne votaient pas : les Palestiniens de Cisjordanie occupée. Dans l’accord de partage du pouvoir, il est une clause explosive : l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie.

En pleine campagne électorale, Netanyahou avait sorti cette carte maîtresse de l’annexion, pour attirer à lui les électeurs des colonies de Cisjordanie, votant généralement pour les partis religieux ou plus à droite encore que le Likoud. En promettant l’annexion, un tabou jusque-là, il a contraint Gantz à le suivre sur cette voie, en entourant la demande d’un langage plus « diplomatique ».

A l’arrivée, c’est Netanyahou qui l’emporte dans l’accord, puisque Gantz sera juste consulté sur ce dossier, sans droit de véto. C’est Netanyahou, et lui seul, qui sera à la manœuvre.

Sur le terrain, les territoires visés sont déjà occupés par des colonies israéliennes, certaines, en particulier dans la vallée du Jourdain, depuis plusieurs décennies. Mais il y a une énorme nuance entre une occupation et une annexion : le statut de ces territoires relève de la résolution 242 du Conseil de sécurité, et à ce titre, la puissance occupante n’a pas le droit de le modifier.

Clairement, aujourd’hui, le rapport de force local et international est tel que l’État hébreu se moque bien des réactions de ceux qui ne manqueront pas de le critiquer, à commencer par les Européens. La Ligue arabe a dénoncé hier ce projet, mais Israël a tissé tant de liens dans le monde arabe, basés sur des intérêts stratégiques communs, que là encore, il peut l’ignorer.

La marche vers l’annexion débutera le premier juillet, un calendrier serré car Netanyahou veut profiter de la présence de son ami Donald Trump à la Maison Blanche au moins jusqu’à l’élection de novembre. Trump, qui a déjà reconnu l’annexion du Golan syrien et déplacé son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, ne refusera rien à son allié israélien.

Seuls ce qui reste de « colombes » en Israël, et paradoxalement dans l’armée et les services secrets, juge la démarche dangereuse. Et évidemment, les Palestiniens qui dénoncent une décision fermant la porte à tout règlement négocié. Mais le rapport de force, là encore n’est pas en leur faveur.

La vraie question est donc plutôt celle du jour d’après. Une fois l’existence d’un État palestinien définitivement impossible, que se passe-t-il ? Un seul État au lieu de deux ? Ou une situation d’« apartheid », ce mot que de nombreux Israéliens eux-mêmes n’hésitent plus à employer. Le premier pas est facile, la suite beaucoup moins.

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