Deux semaines, jour pour jour. Il n’aura fallu que deux semaines pour que l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février dernier, débouche, hier, sur la démission du gouvernement libanais, c’est-à-dire dans les difficultés mais, très bientôt, sur une victoire électorale de l’opposition puis la formation, d’ici le printemps, d’un gouvernement qui demandera le retrait des troupes syriennes, finira par l’obtenir et rendra ainsi sa souveraineté nationale au Liban. L’événement est majeur. Il est profondément réjouissant et les conditions dans lesquelles se déroule cette révolution le sont encore plus. Le sang n’a pas coulé. Il n’y a pas eu un carreau de cassé car à l’instant même où les Libanais ont appris la mort de l’ancien Premier ministre, ils se sont retrouvés unis comme ils ne l’avaient probablement jamais été, solidaires dans l’épreuve et bien décidés à parler d’une seule voix. Rafic Hariri était musulman, sunnite, mais il est devenu, par sa mort, le héros d’un pays entier, le symbole de l’indépendance bafouée, un drapeau derrière lequel se sont dressés, ensemble, musulmans et chrétiens. Ensemble, ils ont réinventé, là, en plein Proche-Orient, les révolutions de velours de l’ancien monde communiste, réactualisées par l’insurrection pacifique des Ukrainiens. Les manifestations n’ont cessé de grossir. Celle d’hier avait été interdite mais, barrages ou pas, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers le centre ville à l’heure où se réunissait le Parlement. Les manifestants ont tendu la main aux forces d’ordre et les barrages se sont écartés pour la simple raison que militaires et policiers sympathisaient avec ce mouvement national. Il était dès lors évident que le gouvernement en place, la courroie de transmission de la Syrie, ne contrôlait plus rien, ne pouvait plus rien, et Omar Karamé, le Premier ministre, a eu la sagesse d’en tirer les conclusions en démissionnant alors même qu’il disposait toujours d’une majorité parlementaire. Non seulement, le Liban vient de faire un gigantesque pas vers sa liberté mais le régime syrien est gravement ébranlé. Il n’y a pas deux jours encore, il croyait pouvoir s’acheter les bonnes grâces des Etats-Unis en leur livrant un demi-frère de Saddam Hussein, important organisateur des violences en Irak. Dimanche encore, le Président syrien, Bachar al-Assad, expliquait à la Repubblica que les Américains avaient besoin de son pays pour ramener le calme en Irak et en Palestine. La Syrie croyait avoir encore des cartes à jouer mais avec cette soudaine défaite libanaise, sa dictature est dos au mur, trop fragilisée pour négocier quoi que ce soit et, peut-être même, pour durer. L’événement, oui, est majeur mais il va, en même temps, renforcer la contestation dans toute la région, non seulement en Syrie mais aussi en Egypte et en Arabie saoudite, deux pays qui viennent de mettre le doigt dans un semblant de démocratisation qu’ils espéraient contrôler. Or à Damas, au Caire, à Riad, l’opposition est majoritairement islamiste. La démocratie triomphe à Beyrouth. La paix progresse entre Israéliens et Palestiniens mais où le tremblement de terre en cours mène-t-il le Proche-Orient ? La réponse n’est pas donnée. L’histoire est en marche.

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