Le « non » devient « oui ». A la mi-décembre, le Groupe d’étude sur l’Irak, une commission composée de Républicains et de Démocrates et présidée par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, avait notamment préconisé que les Etats-Unis ouvrent un dialogue direct avec l’Iran et la Syrie. La Maison-Blanche avait catégoriquement refusé. « Jamais, pas avant que… » etc., mais il n’aura pas fallu trois mois pour que ce refus n’en soit plus un. Lentement, par étapes et avec des blocages assurés, un dialogue va s’ouvrir entre l’Amérique et l’Iran par le biais d’une conférence régionale qui se tiendra dans dix jours à Bagdad. Convoquée par le gouvernement irakien, autant dire à la demande de la Maison-Blanche, cette conférence réunira tous les pays voisins de l’Irak, donc l’Iran qui a accepté l’invitation, et les membres permanents du Conseil de sécurité, donc les Etats-Unis qui ont également confirmé leur présence. Il y aura foule. Ce sera du multilatéral. Les apparences sont ainsi sauves mais tous les regards seront braqués sur les représentants de Washington et de Téhéran et comme l’idée est de faire de cette réunion le premier round d’une concertation internationale sur la région, on y est, on y va. C’était prévisible. Ce devait être le cas pour la bonne raison qu’il est impossible d’imaginer une sortie de crise en Irak sans une participation active de l’Iran mais pourquoi la Maison-Blanche avait-elle, alors, commencé, par dire « non » ? La première explication est qu’aucun gouvernement n’aime avouer, en changeant brutalement de politique, que celle qu’il avait menée jusque là n’était pas bonne. C’est particulièrement difficile quand on vient d’essuyer une défaite électorale de l’ampleur de celle que Georges Bush avait subie en novembre mais, s’il s’est donné du temps, c’est aussi pour tenter d’aller à ce dialogue en position de force. Depuis décembre, les Etats-Unis ont considérablement accru leur présence navale dans la région. Ils ont ainsi envoyé un signal de détermination à l’Iran où il ne passe pas inaperçu. Les Etats-Unis ont parallèlement multiplié les pressions sur Téhéran en s’en prenant à ses représentants en Irak et en dénonçant les livraisons d’armes iraniennes aux chiites irakiens. Les Etats-Unis se sont, en troisième lieu, rapproché des régimes sunnites en se réinvestissant – très mollement mais tout de même – dans le processus de paix israélo-palestinien. Ils ont, enfin, poussé le gouvernement irakien à adopter une loi assurant une répartition équitable des revenus du pétrole entre Kurdes, chiites et sunnites et donné par là des gages aux sunnites dont les régions sont dépourvues de gisements. Le chaos règne toujours en Irak mais, politiquement parlant, la position des Etats-Unis est un peu moins mauvaise qu’en décembre. Ils peuvent maintenant passer aux choses sérieuses.

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