Ce n’est plus le bord du gouffre. Ce n’est plus l’incendie au rez-de-chaussée. Après avoir frôlé la faillite de la Grèce et une crise majeure en Italie, une Europe encore bleuie par la crise entre dans une nouvelle phase, celle d’un débat montant et de plus en plus chaud sur les politiques économiques qu’il lui faut aujourd’hui mener.

Ce débat s’amorce car les crises qui se sont succédé depuis 2008 ont conduit l’Union à resserrer ses rangs pour y faire face, à institutionnaliser une solidarité financière entre ses membres et à accepter, surtout, l’idée d’une gouvernance économique commune, c’est-à-dire d’un pilotage commun des économies de la zone euro.

Mieux vaut tard que jamais, cette évolution relève de la simple logique puisqu’on ne peut avoir une monnaie commune et autant de politiques que d’Etats qui l’ont adoptée. L’Union a franchi là une étape fondamentale mais, dès lors qu’on souhaite avancer sur des lignes concordantes, encore faut-il définir ces lignes et c’est là que les difficultés commencent. Les 27 vont s’y atteler ce soir et demain, lors de leur niveau sommet. Ils vont tenter de parler croissance car personne ne pense que l’assainissement des comptes publics puisse constituer une politique à lui seul mais trois visions de la relance s’opposeront à Bruxelles.

Notamment incarnés par les conservateurs britanniques, les libéraux plaideront que le seul moyen de relancer l’économie européenne est de déréguler encore plus afin d’abaisser les prix en faisant jouer la concurrence et réduisant le coût du travail, salaires et charges sociales.

Les droites, notamment incarnées par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, refuseront cette potion car elles ont pris beaucoup de distance avec la dérégulation depuis le krach de Wall Street mais n’en insisteront pas moins sur la réduction des dépenses publiques et la limitation de la pression fiscale, sur les grandes entreprises en particulier, car la priorité est, pour les droites, à la compétitivité avec les pays émergents et leurs bas coûts de production.

Et puis il aura les gauches, peu représentées à ce Conseil pour la bonne raison qu’elles ne sont au pouvoir que dans très peu de pays membres. Les gauches ne seront pas vraiment partie prenante à ce sommet mais leur ombre pèsera sur lui, parce que les socialistes français ont de vraies chances de revenir aux affaires et que l’austérité rend les droites européennes impopulaires tandis qu’elle favorise une remontée des gauches, y compris en Allemagne.

Pour les gauches européennes, il faut accompagner la réduction des dettes publiques de fortes mesures de relance qui passent, à leur yeux, par des investissements européens communs dans les industries d’avenir, un véritable soutien de la Banque centrale européenne aux économies nationales et le lancement d’emprunts européens, les eurobonds, garantis par l’ensemble de l’Union. Le débat ne fait que commencer. Son évolution dépendra des scrutins nationaux mais, dans l’empoignade qui s’annonce, c’est une Europe politique qui émerge, politique mais toujours peu, très peu, démocratique.

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