C’est tout autre chose, bien sûr, que l’on aurait voulu. On aurait aimé que, reçu hier au Kremlin, François Hollande y prononçât le nom de Mikhaïl Khodorkovski, l’embastillé de Vladimir Poutine, comme François Mitterrand y avait, en son temps, prononcé celui d’Andreï Sakharov. On aurait aimé qu’il y défendît les Pussy Riot et y exprimât, même dans les termes les plus choisis, une réprobation de la France envers l’adoption de lois qui faciliteront encore la répression de l’opposition et la limitation des libertés en Russie.

C’eut été justifié, nécessaire, plus flatteur, aussi, pour l’orgueil national, mais… Regardons les choses en face et, d’abord, la Russie d’aujourd’hui dont l’histoire de Mikhaïl Khodorkovski dit toute la complexité.

Avant d’avoir eu l’incroyable courage de dénoncer, publiquement, face à Vladimir Poutine, l’arbitraire et la corruption des milieux dirigeants de son pays, cet homme avait été l’un de ces pirates de haut vol qui avaient su bâtir de colossales fortunes en profitant de cette même corruption pour s’approprier les richesses collectives au nom du passage à l’économie de marché. Au moins avait-il alors construit une véritable entreprise mais il n’avait pas toujours été le nouveau Sakharov qu’il est maintenant devenu.

Beaucoup de Russes s’en souviennent et, pour un dirigeant occidental, il est d’autant plus difficile de le défendre que les Etats-Unis et l’Europe avaient encouragé et applaudi ce plus grand hold-up de l’histoire qu’avaient constitué les privatisations russes des années 90 – ce vol organisé qui avaient dégoûté les Russes de la démocratie et les avaient conduit à souhaiter le retour d’un pouvoir fort incarné par Vladimir Poutine.

Parce qu’ils avaient contribué, par leur soutien à Boris Eltsine, à l’ascension de l’actuel maître du Kremlin, les Occidentaux ne sont pas très à l’aise pour y plaider le respect des droits de l’homme et ce n’est pas la seule raison de l’extrême modération avec laquelle François Hollande vient de le faire.

L’une des premières fonctions d’un chef d’Etat est d’œuvrer à la bonne santé économique de son pays. « Quoi ! Comment », dira-t-on il faudrait sacrifier les principes à des intérêts mercantiles ?

Non, certes pas, mais les principes ne peuvent pas non plus faire oublier, premièrement, qu’un pays traversant d’aussi grandes difficultés que la France d’aujourd’hui a besoin de nouveaux contrats et d’investissements étrangers, russes en l’occurrence ; deuxièmement, que la France n’a guère les moyens de prendre Vladimir Poutine de haut alors que tous ses partenaires le cajolent carrément et, troisièmement que l’Europe devrait être un peu plus unie qu’elle ne l’est pour imposer un rapport de forces à la Russie.

Pour faire la leçon au Kremlin – désagréable à dire mais c’est ainsi – encore faut-il en avoir les moyens et ce n’est pas tout. Comme tous les Occidentaux, Etats-Unis en tête, la France a besoin de la Russie pour éviter que l’Iran ne se dote de l’arme atomique et trouver une solution politique au drame syrien. Dans cette rencontre, c’était l’essentiel et, de ce point de vue, il n’est pas sûr qu’elle ait été inutile.

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